A propos des genoux vers l’intérieur lors du squat

“Il faut pousser les genoux à l’extérieur sur le squat” – “Il faut lui dire de pousser les genoux à l’extérieur lors du squat”.

Comme beaucoup de professionnel de la santé et du sport, j’entends ces recommandations sur le comportement des genoux lors du schéma moteur accroupissement lorsqu’il est réalisé lors de l’exercice du squat. Ce sont même parfois des consignes données par le coach / préparateur physique / kiné lui même.
Pour être direct, je pense que ces consignes sont inefficaces, donc inutiles.
Il faut en effet éviter un valgus des genoux et les avoir vers l’extérieur pour plus d’efficacité mécanique et pour une meilleures santé à long terme des genoux.
Mais la mauvaise réalisation est la cause d’une mauvaise sélection de l’exercice par l’encadrant, et des consignes comme ‘pousse les genoux à l’extérieur”, même hurlées, n’y changeront rien. Ce n’est pas la bonne approche.

1/ C’est le rôle du coach de veiller à la bonne exécution….

Ces consignes sont constamment répétées ……et pourtant l’erreur est répétée séances après séances, semaines après semaines. Dans son ouvrage Strength training and coordination: an integrative approach, Frans Bosch revient sur différentes études sur la rétention à long terme de l’apprentissage (Winstein, 1990). Si la répétition de consignes est importante, moins la rétention est maintenue sur le long terme. C’est la répétition du mouvement, et la comparaison des différentes organisations du mouvement, qui permettent le mieux la rétention. Autrement dit, le cerveau apprend le mouvement par la répétition, pas par le hurlement de consignes.
Donc si l’objectif est d’enseigner un schéma moteur ou un exercice il faut mieux parfois se taire…ou régresser dans la sélection de l’exercice.

2/ “ Mais moi je fais de la mobilité avant la séance de squat”…

C’est un début ! La tendance à la “mobilité” en ce moment. Mais les études récentes (Louis P. Howe, 2016) laisse à penser que les gains en mobilité n’ont pas d’effets positif sur la réalisation des tâches complexes. Avoir des exercices visant à améliorer la mobilité articulaire va permettre de libérer des possibilités de mouvement qui ne seraient pas disponibles autrement.
Cependant, modifier les amplitude articulaires n’est pas ce qui permet de modifier l’exécution des schémas moteur complexes.
Si c’était le cas, toutes les personnes démontrant une mobilité correcte à l’épaule et sur la montée de jambe tendue lors des tests FMS, devrait démontrer une exécution correcte sur les tests de schémas moteurs du FMS. C’est pourtant loin d’être le cas.

3/ “Il faut renforcer les muscles de la hanches, petits et moyens fessiers, mettre des mini bandes élastique car il ne sont pas assez fort pour maintenir de genoux en place.”

Faux.
Les muscles responsables de maintenir l’alignement du genoux sont des muscles que l’on caractérisent comme toniques / à bas seuil d’activation. Ils faut donc les entraîner dans leur fonction. Leur fonction est de maintenir une tension musculaire constante, faible, pour maintenir les alignements. La solution de “faire du renforcement musculaire” pour ces muscles c’est avoir une approche de muscle phasiques / haut seuil d’activation. Mauvaise stratégie.
Le problème des muscles toniques est d’avoir la bonne tension musculaire au bon moment. C’est un processus inconscient, réflexe et décentralisé. Bien trop rapide pour réagir à une consigne “pousse les genoux vers l’extérieur”.
Sinon, pourquoi même des personnes présentant un haut niveau de force présentent ce valgus des genoux lors d’un squat…ou alors adoptent une base très large au sol….ou avec le pieds fortement pointés vers l’extérieur ?

Et au fait, bonne chance lors de la compétition ou de test. Ou alors c’est que vous pensez que la personne va vous entendre hurler dans sa tête. Sinon, cela n’arriverait pas :

4/ “Donc on laisse les genoux partir vers l’intérieur ?….

Le problème est que la personne ne réalise pas que ces genoux partent vers l’intérieur. Le problème se situe au niveau du feeback proprioceptif. Lorsque l’on place une bande élastique autour des genoux lors de l’exercice du squat chez les personnes avec un valgus, il n’est pas rare d’entendre “en fait, si je n’ai pas l’élastique, je ne le sens pas que mes genoux vont à l’intérieur”. Même résultat avec les enroulements PRO-FTS. En plein dans la cible. C’est un processus inconscient, réflexe et décentralisé.
Si les sensations sont également entre autre dans les muscles fessiers, ce n’est pas qu’ils se renforcent. C’est juste qu’ils sont enfin obligés d’être actifs pour réaliser leur fonction : stabiliser le genou.
Des consignes de réalisation, même données avec conviction par l’encadrant, de remplacent pas une bonne sélection de l’exercice, ou une variation.
Tout dépend ensuite si l’objectif est d’entraîner un exercice, le squat ici, ou bien à développer la force dans un schéma moteur correct.

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Quel retour sur le terrain pendant une réathlétisation ligament croisé du genou ?

Dans le cadre de la réathlétisation suite à la reconstruction d’un ligament croisé antérieur du genou, la reprise d’activités physiques liées au sport d’origine est souvent sujet de débat. Au minimum de discussion (parfois passionnée) avec le sportif lui-même. Il faut bien comprendre que l’objectif du sportif est retourner à la compétition le plus rapidement possible. Les sensations du sportif se heurtent parfois à l’expérience, aux impressions et aux données de l’encadrement chargé de la rééducation et réathlétisation.

Je pense que l’important est de comprendre qu’il s’agit d’étapes à valider plus qu’un protocole préétabli et fixe. Chaque étape validées vous donne accès à des situations d’entrainement dans sport d’origine. Le plus compliqué est de faire intégrer cela au sportif. C’est dans ce cadre que des tests servir. Et pas que l’iso !

Je vais vous donner un exemple : 27 ans, début réathlétisation peu après la fin du 6eme mois post opération et en accord avec le kiné avec lequel il poursuit sa rééducation. Les tests suivant sont réalisés un mois après (1 cycle de réathlétisation).

TESTS FMS

Résultats : non douloureux et fonctionnel sur tous les tests. les tests de montée jambe tendue sont lègèrement asymétriques et tout juste au minimum requis.

Conclusion : tout est ok. Pas de restriction dans la sélection des exercices de musculation.

TEST VMA

Résultats : non douloureux. Vitesse fin de test 16,5km/h (sur tapis, pallier 2 min).

Conclusion : tout est ok

ASYMÉTRIE COURSE

Résultats : 1,4% d’asymétrie à 13,5km/h.

Conclusion : tout est ok. Pas de restriction pour la reprise du travail énergétique en ligne droite.

A cet instant il est possible de faire le constat que beaucoup de situation d’entrainement sont possible en musculation et sur le terrain. Il est possible d’appliquer une charge d’entrainement importante sur le système !

 

FORCE MAXIMALE

Résultats : 0,47 / 0,43 m/s, soit 9-10% de déficit de force (partie concentrique) entre jambes droite et gauche sur exercice de fente (rep 6 et 12 sont la manipulation des haltères).

Conclusion : oups ! Même si volume et force (leg ext) quadriceps sont symétriques et les sensations du sportif sont bonnes, “houston, nous avons un problème !”. La jambe opérée n’est pas totalement retrouvée sa capacité à produire le force. Clairement des lacunes sur l’aspects nerveux de la force.

RSI

Résultats : 18% de temps de contact en moins pour 12% de hauteur en moins pour la jambe opérée.

Conclusion : oups ! Encore une fois, même si les sensations du sportif sont bonnes, la jambe opérée ne se comporte pas du tout comme la jambe saine lorsqu’il s’agit de d’absorber et restituer de la force de façon élastique. Encore une fois des lacunes sur l’aspect nerveux de la force et la coordination.

 

CONCLUSION FINALE

Comme attendu à cette période de la réathlétisation, et même si d’un point de vue médical il n’y a pas de contre indications, pivots et changements de directions à haute vitesse vont être problématiques et pourraient représenter une augmentation des risques de blessure. Prématuré à cet instant. Pas de contre indication pour la réalisation sous contrôle.

Cependant, impossible de se baser uniquement sur les sensations du sportif. Les sensations sont toujours très bonnes pour celui qui veux retourner sur le terrain ! 

De plus les données recueillies vont permettre d’expliquer le contenu des prochains cycles de réathlétisation et leurs objectifs.  

 

 

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Le retour au sport après reconstruction du ligament croisé antérieur

L’article d’aujourd’hui est celui d’un ancien adversaire, stagiaire, collègue, Frederick Henderson. 

fred-henderson

Bonjour à tous et merci beaucoup à Xavier de me faire une petite place sur son blog pour vous parler d’un projet qui me tient à cœur : le retour au sport après une reconstruction du ligament croisé antérieur (LCA).

La rupture du LCA est une blessure relativement fréquente dans de nombreux sports : ski, football, volley, rugby. Plus de 30 000 ligamentoplasties du LCA sont réalisées tous les ans en France.

Beaucoup de ces ruptures ont lieu au ski et la première station de ski étant l’Île-de-France, les 2/3 de ces blessures touchent des Franciliens.

La chirurgie reste la meilleure solution pour beaucoup. C’est une blessure du sport et si vous

souhaitez reprendre le sport vous aurez besoin de remplacer le ligament rompu. Le LCA empêche le tibia de partir vers l’avant et maintient le genou en place lors des actions de pivot.

Chaque blessure est unique et peut présenter différentes lésions additionnelles comme un ménisque latéral endommagé ou des lésions au cartilage du condyle latéral – la plus à l’extérieur des 2 boules d’os au bout du fémur. Le but de la chirurgie est de récupérer un genou stable. Sur la translation antérieure du plateau tibial, le problème est généralement réglé. Sur le pivot du genou, ce n’est pas toujours parfait.

Je vous épargnerai le détail des différents types de chirurgie et l’ensemble des problèmes à régler mais sachez que la rupture du LCA est une blessure complexe. Imaginez seulement l’impact que la disparition du nerf qui traverse le ligament rompu peut avoir sur le contrôle de l’articulation. C’est une blessure fréquente mais loin d’être anodine.

La réalité du retour au sport après une reconstruction du LCA est qu’elle n’est jamais garantie.

Néanmoins les chances de succès peuvent être améliorées par un travail adapté. Actuellement, l’opération du LCA et le protocole de rééducation sont plutôt bien renseignés dans la littérature scientifique. Avec l’aide d’un bon kiné, de nombreux déficits sont résolus. Au-delà des 24 semaines protocolaires de rééducation, vous êtes dans l’inconnu. Or il s’agit d’une période charnière pour le sportif qui souhaite retrouver puis dépasser son niveau de performance antérieur.

De nombreux problèmes d’asymétrie autour du genou et entre les 2 jambes demeurent. Il faut attendre près d’un an pour récupérer son niveau de puissance musculaire malgré que les niveaux de force puissent être normaux à 6 mois.

Le secret d’un retour réussi se situe à mi-chemin entre la thérapie et la préparation physique.

Actuellement, ce manque est en partie comblé par les masseurs kinésithérapeutes.

Malheureusement, ce choix repose plus sur des considérations financières qu’autre chose – le remboursement par la sécurité sociale. De l’aveu même des chirurgiens et médecins avec qui je me suis entretenu, ce n’est assez efficace. De même qu’un kiné n’est pas préparateur physique, un préparateur physique n’est pas kiné. Les deux sont néanmoins complémentaires. Il est utopique de croire que l’un puisse faire le travail de l’autre mais c’est un débat pour une autre fois.

Un retour au sport doit se voir comme une check list de tâches à accomplir. Elle est en partie indépendante du temps d’ailleurs : ça n’ira pas mieux en attendant. Parmi ces tâches, les kinés peuvent en résoudre une partie – comme ils l’ont fait durant la phase de rééducation. Néanmoins, le développement de la vitesse, la puissance et l’agilité sont des tâches qui incombent au préparateur physique. Les outils à employer comme la musculation, l’adaptation de mouvements d’haltérophilie, la plyométrie et ce mot inutilement pompeux d’ « entraînement neuro-musculaire » sont le quotidien de tout préparateur physique qui se respecte.

Le défi du retour au sport doit placer l’athlète au centre du projet. Chacun apporte ses compétences, peu importe son étiquette, au service du sportif. Il y a ici un nouveau savoir faire à développer.

Étant donné la complexité du chantier, ce ne peut pas être l’œuvre d’un seul professionnel. Dans cette optique, je pense qu’il est aux préparateurs physiques d’élever leur niveau de compétence et d’exigence comme j’ai pu le faire au cours des dernières années. Cela passe impérativement par une éducation scientifique poussée car le milieu du médical est autrement plus exigeant et rigoureux que celui de la prépa physique où perdurent encore de trop nombreux mythes, modes et « recettes ».

 

Pour plus d’informations sur le retour au sport après reconstruction du ligament croisé antérieur visitez www.retourausport.fr

 

A propos de l’auteur

Frederick Henderson est titulaire d’un Master en Sciences du Sport mention Entraînement, Biologie, Santé et Nutrition (Université Paris V) et certifié NSCA. Il dispose d’une expérience de l’entrainement en France et au Canada.

Retrouvez le sur www.hendersoninfo.net

 

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A lire : Entraînement Fonctionnel

Tous les préparateurs physiques et coachs devraient posséder des connaissances sur l’entrainement fonctionnel.

Non, ce n’est pas faire n’importe quoi sur les surfaces instables. C’est comprendre comment fonctionne le corps. Bien au delà de l’anatomie tel qu’elle est enseignée dans les formations.

Le livre de Sébastien Bême et Benjamin Dumortier vous propose une plongée dans une philosophie de l’entrainement centrée sur le corps humain.

Vous pouvez vous procurer le livre : Entraînement Fonctionnelcovertureebook (1)

Voici un large extrait de ce livre :

Il est important de comprendre que les articulations et les muscles travaillent dans un système continu, sous contrôle du système neuromusculaire, assurant ainsi la sécurité de la chaîne cinétique.

En termes simples, il s’agit d’observer le fonctionnement de ce pour quoi le corps a été programmé. Par exemple, une flexion sur une jambe nous apprend beaucoup plus sur la capacité fonctionnelle des adducteurs qu’un effort de résistance à l’adduction couché sur une table.

En réalité, l’observation du mouvement peut être faite à partir de n’importe quel exercice fonctionnel ou de n’importe quelle partie de ce même exercice.

Même si cela peut sembler très compliqué au départ, les mouvements de bases et ses options correspondantes permettent une expérience véritable, révélant une infinité de possibilités. Facilitant l’identification des dysfonctionnents, la possibilité de création de programmes réellement personnalisés est dès lors possible, avec la mise en place de tests fonctionnels rapides pour qualifier les progrès.

Entraînement Fonctionnel ou kinésithérapie

L’objectif n’est en aucun cas le remplacement du corps médical. Les entraîneurs, préparateurs physiques et coaches sportifs n’ont pas les compétences pour soigner. Par contre, s’offrir une détection précoce des dysfonctionnements mécaniques ou des asymétries permettra une forte réduction des risques de blessures ou des troubles quotidiens.

De même, après l’intervention d’un kiné ou d’un ostéopathe réparant le trouble (tendinopathie, entorse, blessure musculaire, blocage articulaire, réhabilitation chirurgicale, résolution de problèmes oculaires, etc.), cette manière de travailler évitera ou résoudra les déséquilibres, inévitables à moyens ou longs termes.

Les tests fonctionnels

Les tests seront classés en fonction de la comparaison entre les côtés droite-gauche et la capacité d’exécution d’un mouvement dans son ensemble. Les appréciations de la qualité et de la fluidité seront également importantes.

Au final, la mise en place de ces tests couplés avec une stratégie d’amélioration des mouvements permet une approche prophylactique (prévention des blessures) et une amélioration de la souplesse et de la stabilité. Ces dernières citées pourront alors être développées pour améliorer les performances, servant de base à la force et à la puissance.

L’amélioration des schémas moteurs fonctionnels est donc une préparation physique avant la préparation physique, le programme de réathlétisation nécessaire après une blessure ou une opération.

A qui s’adresse ce livre et donc l’entraînement fonctionnel ?

La lecture de ce livre et donc l’application de l’Entraînement Fonctionnel cible 100% de la population française que ce soit dans un but professionnel (prévention), sportif (préparateurs physique ou entraîneurs) ou de bien être (réduction des douleurs quotidiennes).

l’Entraînement Fonctionnel a montré (en Amérique du nord notamment) qu’il est tout à fait capable de remédier à un très grand nombre de douleurs récurrentes, de blessures apparemment ingérables (liées au hasard !). Le sport aussi a montré ses bienfaits dans le domaine de l’entreprise (augmentation de la productivité, baisse des absences).

Cible compétition

Les clubs de sports et entraîneurs

l’Entraînement Fonctionnel est la cible prioritaire des préparateurs physiques, entraîneurs, clubs sportifs et salles de remises en forme.

Il est socialement important, voir vital, que les professionnels du sport prennent conscience de leurs obligations et des immenses possibilités qui s’ouvrent à eux.

Combien de tests cohérents (en dehors des performances pures et de la capacité à faire un geste d’entraînement) les salles de remises en forme pratiquent-elles ? Pourtant, le premier objectif des adhérents est la santé (source Anses). L’intérêt de proposer directement des cours collectifs ou l’usage de machines guidées sans évaluation des déséquilibres et des asymétries des adhérents peut se poser.

Combien de clubs de sport observent les limitations fonctionnelles des nouveaux adhérents ? Pourtant ils pratiquent tous (ou presque) des tests physiques de performance !

Que vaut une performance si le fonctionnement du corps n’est pas optimal ? Rien ! Elle est sous-évaluée et surtout potentiellement dangereuse : l’orientation et la détection des sportifs en clubs de sport ne prenant en compte que des qualités sportives est la porte ouverte aux graves blessures mais aussi aux erreurs d’orientation. Le parcours client/adhérent ou fédération/athlète doit intégrer cette évaluation !

Les sportifs

L’Entraînement Fonctionnel intéressera aussi les sportifs, qui sont pour la grande majorité exclusivement axés sur la performance. Ils comprendront alors l’importance de l’amélioration générale du physique prolongeant la carrière sportive, réduisant les défauts souvent apparentés à une génétique irrécupérable, diminuant les blessures (progression optimisée par une plus grande assiduité à l’entraînement). L’optimisation du potentiel par cette démarche amènera à une optimisation des performances pures.

Les non-compétiteurs

Les sédentaires, les sportifs loisirs et les personnes souffrant régulièrement de troubles physiques (maux de dos, tendinites, raideurs quotidiennes, etc.) sauront tirer profit de ce type de pratique sportive.

En effet, le fonctionnement de l’organisme se dérègle naturellement en compensant par des postures incorrectes, des douleurs passagères, des gestes douloureux. Si ces compensations ne sont pas détectées, elles s’autoalimentent pour produire des douleurs chroniques, amplifiant ou accélérant les problèmes articulaires, les blessures bénignes (lombalgies, syndrome rotulien par exemple).

La vie professionnelle devenant particulièrement répétitive (postures longues devant un ordinateur, téléphone vissé à l’oreille, gestes répétitifs) est nécessairement génératrice de ces troubles : Les TMS (Troubles Musculo-Squelettiques). Ces TMS sont responsables de la plupart des blessures et des douleurs du quotidien (voire de beaucoup de maladies, type dépressions, névralgies…).

Les entreprises

De même, les entreprises font nécessairement partie de la cible de l’Entraînement Fonctionnel. Les TMS sont la première cause des arrêts de travail en France (85% en 2010). Ils correspondent à l’une des principales causes de démotivation et d’absentéismes répétitifs, baissant ainsi la productivité. Ils sont également le premier poste de dépense de la santé professionnelle provoquant ainsi une augmentation des charges patronales.

C’est pourquoi le Plan Santé-Travail (2010-2014) place la lutte contre les TMS en première position. Des entreprises pilotes (Michelin, Toyota, Mobalpa, hôtel Lutetia à Paris) ont montré la grande potentialité de proposer une activité physique à leurs employés. Les bénéfices humains (plus grande cohésion comparée à un stage de cohésion) et financiers (diminution des coûts) ont été démontrés. Ajoutez-y le coût de l’Intérim et de la formation pour les remplacements d’arrêts de travail, l’équation financière est simple à comprendre. Tellement simple qu’une rencontre entre le Medef et le CIO (septembre 2012) a débouché sur un accord visant à promouvoir l’activité physique au sein des entreprises.

Entreprise Agroalimentaire et exploitations agricoles, commerce, métallurgie, BTP, habillement, imprimerie, industrie pharmaceutique, services aux entreprises et à la personne… les TMS touchent tous les secteurs d’activité sans distinction et concernent toutes les entreprises, quelle qu’en soit la taille.

Post blessure ou post-opératoire

Les personnes ayant eu une correction (prothèse articulaire, semelles orthopédiques, chirurgie réparatrice voir correction de la vue à l’aide de lunettes) seront également intéressées par l’entraînement fonctionnel.

En effet, chaque intervention, chaque modification sur le corps implique une correction naturelle des schémas moteurs et de la coordination. Ces corrections amèneront obligatoirement à des déséquilibres.

A termes, ces déséquilibres, provoqués par des gestes répétitifs ou le maintien de positions statiques longues, dégénéreront très probablement en troubles musculaires ou articulaires (mal de dos, migraine avec nuque raide, sciatiques…).

Et la médecine ?

Enfin, les professionnels de la santé (chirurgiens, kinésithérapeutes, ostéopathes, podologues, orthopédistes, dentistes) pourront aussi largement bénéficier des notions de mouvement primaire.

En allant exclusivement à la remise en état d’un fonctionnement ‘normé’ des différentes parties du corps, la politique actuelle de la santé génère de futures dépenses. La prévention et surtout le rééquilibrage du fonctionnement de l’organisme n’est pas possible par leurs interventions (non remboursement, réduction drastique du nombre de séances de rééducation). Vos patients, bien que soignés, ne sont pas complètement opérationnels et risquent des rechutes, des déséquilibres provenant de vos interventions.

C’est donc le rôle des préparateurs physiques, des coaches que de les prendre en main à l’aide de vos indications pour re-fonctionnaliser vos patients.

La démarche de ce livre sur l’Entraînement Fonctionnel

Plus que des outils, Nous essayons d’apporter un mode d’emploi pour utiliser l’Entraînement Fonctionnel.

Le contenu de ce livre n’est pas une simple liste de tests et d’exercices à proposer pour améliorer la mobilité.

La démarche est clairement de former les lecteurs pour comprendre et adhérer à la démarche de l’entraînement fonctionnel (Functional Training chez nos amis anglo-saxons). Les ouvrages et références en matière de tests fonctionnels sont rares et presque exclusivement disponibles dans la langue de Shakespeare. L’accessibilité est donc difficile pour la plupart de nos concitoyens.

Les sources des tests fonctionnels

Ainsi, en prenant appui sur ce qui fonctionne outre-Atlantique (Functional Movement Screening™, SEBT™, Applied Functional Science™, Physical Solutions, etc.) et en les personnalisant, vous pourrez produire vos propres tests et surtout propres programmes de préparation physique préalable (réathlétisation, normalisation de la mobilité…).

Quels tests fonctionnels ?

Vous trouverez, dans ce livre, une batterie de tests permettant à l’évaluateur d’avoir une impression claire des qualités fonctionnelles de mouvements du testé. Ils sont conçus pour mettre en évidence les points forts et les points faibles des chaînes cinétiques et ainsi révéler les défauts et les compensations potentiels.

Les tests sont :

  • Facilement reproductibles.
  • Peu gourmands en équipement.
  • Conçus sur la base des séquences des mouvements primaires.
  • Applicables à tous les groupes d’âge et à tous les niveaux.

Domaine d’application

Les variations des tests décrits sont celles utilisées dans la réadaptation et la remise en forme. L’objectif est que l’évaluation fonctionnelle devienne monnaie courante dans ces domaines.

Comment utiliser les tests fonctionnels ?

Après l’exécution des tests, l’analyse des dysfonctionnements pourra être entreprise non pour quantifier, mais pour qualifier des déséquilibres, des ruptures de fonctionnalités. L’objectif de l’entraînement fonctionnel vise un amoindrissement de ces derniers, au travers une reprogrammation neuromusculaire et non une rééducation chiffrée (réservé au domaine médical).

Soyez logique dans votre démarche

Lorsque l’analyse est faite, le choix des exercices et des séances sera présenté de manière à permettre un travail logique : Du plus urgent/dangereux pour le fonctionnement vers le moins problématique.

Pourquoi ? La plupart du temps, les différents déficits découlent d’une cause commune qui provoque des effets en cascades (le célèbre effet papillon). Remédier à cette cause résout ainsi de nombreux aspects visibles lors de l’évaluation dynamique initiale. Rechercher la cause principale et travailler dessus simplifie la problématique.

Ensuite, lors de réévaluations, seuls les dysfonctionnements distincts réapparaissent. Ces dysfonctionnements seront alors à travailler. Le gain de temps et d’efforts est ainsi considérable.

L’Entraînement Fonctionnel et le sport

Finalement, vous découvrirez comment insérer le Functional Training dans l’entraînement :

  • soit dans un but de réhabilitation : certains déséquilibres, tellement ancrés, nécessiteront de les travailler indéfiniment pour éviter qu’ils ne réapparaissent à la première occasion,

  • soit en prévention, notamment lorsque l’activité à l’origine des déficits ne peut être modifiée ou stoppée ou quand le sport est asymétrique comme le tennis.

Vous pouvez vous procurer le livre  : Entraînement Fonctionnelcovertureebook (1)

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Question / Réponse : protocole réathlétisation entorse cheville

Question :

“Bonjour,

Je suis actuellement en stage pour mon Master 2 STAPS Entrainement et Réhabilitation chez les Geneva Seahawks (Football Américain) jusqu’à fin juin 2015.

Afin de valider mon master, je dois rédiger un mémoire sur l’entorse de cheville dans le football américain, et recenser les pratiques en vigueur concernant la reprise de l’entrainement d’une cheville ayant subi une entorse, mais aussi les pratiques se rapportant au maintien de l’activité des parties saines du sportif en question.

J’ai effectué beaucoup de recherches sur les éventuels protocoles pouvant exister, mais elles sont restées sans succès car je ne trouve que des protocoles de kinésithérapeutes.

J’ai donc décidé de vous adresser ce message pour savoir si, en tant que préparateur physique, vous accepteriez de me dévoiler les grandes lignes de votre protocole dans le cas d’une entorse de cheville, et ainsi d’être cité dans mon mémoire.

Je vous remercie d’avance.

Bien cordialement,

Ondine AUBERTIN”

Réponse

Bonjour Ondine,

Tout d’abord il est normal de ne trouver que des protocoles de soins de kinésithérapeutes. Tout d’abord, une grosse partie du temps, dégressive certes, est généralement dévolue aux soins. Et seuls les kinés peuvent le faire. Ensuite, il est difficile de situer la frontière entre soins et réathlétisation lorsque le premier se termine et le second débute. C’est un processus qui voit collaborer et se succéder le kiné et le préparateur physique. Ainsi, il est donc utile de connaître ces protocoles et d’échanger avec les personnes qui les mettent en oeuvre. Enfin la réathlétisation est un champ d’expertise assez récent et les productions sont donc limitées.

Le maintien d’activités des parties saines du sportif doit surtout veiller à ne pas le mettre en danger par le choix des exercices. Dans ce cas, la sollicitation du membre sain est même impératif pour réduire la perte de force sur le membre lésé n’étant plus à discuter (Transfert croisé).

Le travail en piscine peut également avoir l’avantage de permettre de décharger l’articulation pour l’exécution d’exercice sur l’amplitude maximale du nomment. A défaut d’avoir un system Alter-G la piscine est d’ailleurs l’option la plus accessible.

Lorsque le feu vert est validé par le kiné pour la reprise du travail en charge, mon approche ne change pas vraiment. Je considère juste que le sportif est alors sédentaire. Je m’oblige alors à repasser par les premières étapes et suivre la même progression d’exercices pour le développement de la force et la puissance musculaire :

Bilatéral → unilatéral

Plan sagittal → Plan frontal

Isolé → polyarticulaire → globaux

Lent → vite

Attendu que la reprise de la marche/course s’associe très souvent d’une reprise du processus d’inflammation, la partie énergétique, quant à elle, dépend des retours des kinés. Tant que le sportif ne peut marcher, la seule solution est de limiter les pertes au niveau central par des sollicitations sur le haut du corps. Vélo stationnaire lorsque cela est possible –> Elliptique et marche ensuite → Course enfin. Mais il n’est pas rare de revenir sur un exercice moins sollicitant pour la cheville.

Pour la partie vitesse et changement de direction, l’idée est la même, c’est-à-dire reprendre depuis le début les compétences :

Isoler → appliquer → intégrer

Linéaire → latéral → multidirectionnel

Simple → complexe → réactive

J’aimerais conclure en point. Tout d’abord, le travail réalisé avec le préparateur physique ne se substitue pas aux soins et qu’il est important de collaborer avec le staff médical. La douleur à toute les chances de réapparaître lors du processus de réathletisation.

Enfin si l’on parle ici uniquement de la cheville, mon approche est la même pour toutes les blessures sur les membres inférieurs. Je dirais même que mon approche est la même tout le temps. Dans beaucoup de sport, le seul moment ou le sportif n’est par blessé quelque part, et n’est pas en réathlétisation au sens large, c’est avant le 1er match de saison. Et encore, je suis généreux !

Un bon programme de réathlétisation doit prendre en compte les douleurs et l’historique des blessures… Et est donc un bon programme… Tout court !

Mais plus que tout, l’important n’est pas d’avoir un protocole,rigide, mais des principes généraux, plus souples. La préparation physique, la réathlétisation en particulier, reste un champ d’expertise qui nécessite le plus d’individualisation possible.

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5 thèmes pour votre préparation physique d'intersaison

Je le répète souvent : l’intersaison et la hors saison sont des périodes formidables pour les préparateurs physiques.

Ce sont des périodes lors desquelles il est possible d’individualiser énormément le programme d’entraînement. Mais également d’augmenter le volume et l’intensité de la préparation physique.

Ceci a pour effet de provoquer des réactions surprenantes chez certains sportifs à l’idée d’être 1 ou 2 fois par jour et 5 à 6 jours par semaine entre les mains du préparateur physique !

pas-content

Et pourtant ! Loin des compétitions et loin des objectifs de votre club, c’est l’occasion idéale de penser à vous. Tout le monde n’a pas les mêmes lacunes, faiblesses et donc besoins. Passée  la période de repos indispensable entre deux saisons, il faut mettre à profit l’opportunité qui s’offre à vous de revenir encore meilleur lors de la reprise avec votre club.

Il existe plusieurs thèmes. Je vous conseille de fonctionner par “chek box” : besoin ? ou pas besoin ? Ce limite t-il ma performance ?

Médical

C’est un point sur lequel il faut être intransigeant. Des problèmes médicaux récurrents sont un obstacle à une longue carrière sportive. A tous les niveaux de compétition. Vous ne pouvez pas vous représenter à la reprise blessé. Trouvez médecin et kiné d’expérience et agissez !

Évaluations et tests physiques

Difficile de connaître ses faiblesses et ses besoins sans une série d’évaluations et de tests physiques. La liste des possibilités est longue : qualité de la course (longueur, fréquence, symétrie et régularité des appuis, instabilité, chocs pathogènes), évaluations fonctionnelles du mouvement (telle que le FMS), tests d’accélération, vitesse, puissance, explosivité, force.

Évaluation VMA, PMA, VO2max, FC grâce à des tests d’effort (vélo, tapis), tests continus ou intermittents (Yo-Yo, leger, 30-15 FIT), etc.

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Qualités neuromusculaires

Nous savons que le développement de la force a un impact positif pour les sports demandant de la vitesse et de l’explosivité. Mais également pour l’économie de course dans les sports d’endurance. Le développement de la force devrait être votre objectif si ces qualités physiques vous font défaut.

Qualités énergétiques

Vous aviez des difficultés à maintenir vos performances en fin de rencontre ?

Vous étiez à la peine lors de la fin de saison ou lors des périodes denses de compétition ?

Le développement des qualités énergétiques vous aidera également à supporter la demande physique lors de la reprise avec votre club.

Vitesse

Dans de nombreux clubs, l’entraînement de la vitesse se résume à des sprints entre plots. Des capacités d’accélération, de décélération et de changement de direction sont indispensables dans de très nombreux sports. Sans oublier les aspects techniques liés à ces phases et leur importance pour la réduction des risques de blessures.

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Avec des préparations physiques en club de plus en plus courtes, il devient de plus en plus difficile de développer des compétences physiques. Face à ce constat, de juin à juillet, la Lisses Sport Académie propose de nombreuses solutions pour les sportifs souhaitant profiter de l’intersaison pour améliorer leurs qualités physiques grâce à son expertise et l’expérience de ces préparateurs physiques :

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Préparation physique : solutions pour les épaules douloureuses – épisode 5

Comment poursuivre l’entraînement lorsque vos épaules sont douloureuses ou en réathlétisation. Ou tout simplement éviter les douleurs et blessures !

1 – Arrêtez les pompes pliométriques

Exercice impressionnant, certes, mais très traumatisant pour les articulations de l’épaule et du poignet. Ainsi, j’ai totalement arrêté cet exercice au profit d’exercices avec ballons lestés (medecin balls). Pas exactement le même travail musculaire, mais beaucoup plus sécuritaire pour l’utilisation des efforts dynamiques sur membres supérieurs.

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Que pouvez vous attendre de vos séances de réathlétisation ?

De plus en plus de sportifs frappent à la porte de notre centre d’entraînement pour nous confier leur entraînement suite à une blessure.

Plus communément, cette phase prend le nom de réathlétisation. C’est-à-dire qu’elle suit la période de soins/rééducation réalisée avec votre kiné, pous vous faire retrouver l’entraînement puis la compétition à nouveau en pleine possession de vos moyens.

C’est dommage que beaucoup de ces sportifs n’aient pas suivi de programme de préparation physique avant leur blessure. Nous croyons fortement que l’objectif N°1 du préparateur physique est de réduire les risques de blessures à l’entraînement et en compétition. C’est pourquoi nos programme d’entraînement sont conçus dans ce sens pour tous les athlètes.

Afin de mieux vous permettre de comprendre ce que comportent les séances de réathlétisation , je vous propose de vous en faire une présentation :

1 – Réathlétisation, pas soins/réeducation

C’est un point crucial. En cas de blessure, le préparateur physique ne remplace pas le professionnel de santé. Si nous sommes en mesure de gérer l’entraînement d’une douleur ou blessure légère pendant la saison, les soins avant ou pendant le travail de réathlétisation sont incontournables lorsque la blessure est sérieuse. Et pour le savoir, il vous faut consulter.

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La PPG est morte, vive la préparation physique !

Le débat récent sur le blog de Rudy Coia initié par mon article sur le Crossfit a fait ressurgir un terme de moins en moins utilisé en préparation physique. Celui de la PPG, la préparation physique générale.
Lors d’une de mes réponses aux commentaires sur le blog de Rudy, je partageais l’idée que le terme de PPG n’était plus judicieux car il ne correspondait pas avec les demandes et les contraintes de sports de compétition.
Ce “débat” m’a fait penser à de récentes lectures et discussions sur ce sujet et son évolution.

Deux articles, tout d’abord, rédigés par le préparateur physique Canadien Xavier Roy. Le premier au sujet de sa visite à l’Université Laval pour rencontrer Raymond Veillette (une référence au Canada et bien au-delà) et le second “Se préparer pour ou faire comme ?”.

Le débat, enfin, est celui qui s’est tenu au cours d’une table ronde lors d’une édition des entretiens de l’INSEP sur le thème « Variations et interrogations autour de quelques concepts ». Notamment des propos tenus par Fred Aubert et Jean-Claude Perrin. Ceux-ci en venaient à la conclusion que la PPG était une notion du siècle passé (au sens propre).

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