Compléments, suppléments, protéines : comment éviter les problèmes !

 

Depuis de nombreuses années nous constatons tous que les suppléments alimentaires sont incriminés lors de contrôles positifs à des contrôles anti-dopage. Tous les sports sont concernés et des faits similaires sont constatés partout sur le globe.
La récente mésaventure de joueurs de football américain au Canada a fait resurgir de nombreuses interrogations que nous avons tous au sujet des suppléments alimentaires.
Comme tous les préparateurs physiques, j’ai des notions en nutrition sportive mais loin de moi l’idée de me considérer comme un spécialiste. Comme toujours, je préfère me tourner vers des professionnels compétents et experts lorsqu’il s’agit de sujets pointus.
Pour la nutrition, quoi de plus logique alors que de se tourner vers Isabelle Mischler, en charge du suivi diététique de Gilles Coustellier, et dont j’assure la préparation physique.
Diplômée en nutrition sportive, elle a travaillé pendant 5 ans au sein d’une société qui fabrique des produits diététiques de l’effort. Elle est sans aucun doute plus que compétente pour nous éclairer sur cette “jungle” des produits diététiques pour sportifs.

Xavier Barbier : Isabelle, les sportifs se tournent-ils de plus en plus vers les suppléments alimentaires pour sportifs ?

Isabelle Mischler : Il est vrai que la consommation de compléments alimentaires est courante parmi les sportifs. Ainsi, the European Specialist Sports Nutrition Alliance (ESSNA) estime que près de 90 % des athlètes qui ont participé aux jeux d’Athènes ont consommé des compléments alimentaires.
D’une manière générale, en France, on considère qu’1 sportif sur 5 consomme des compléments alimentaires : la consommation tend à se banaliser. Consommation toutefois difficile à apprécier car pas toujours déclarée. Cet usage est souvent motivé par les promesses miracles apposées sur les produits. La finalisation d’un rapport actuellement en cours sur les allégations (promesses) devraient permettre de lutter contre toutes les affirmations trompeuses de certains aliments et compléments alimentaires.

X.B. : Si je ne me trompe pas, il existe plusieurs réglementations sur les suppléments alimentaires pour sportifs. France, Europe… quelles différences ?

I.M. : Avant de parler réglementation, il faut bien distinguer les compléments alimentaires (vitamines, minéraux…) des produits diététiques de l’effort (boissons, barres, gels…) et des poudres hyper protéinées (whey, gainer…).

La directive européenne sur les compléments alimentaires est assez récente puisqu’elle date de 2002. En 2006, elle a été transposée en droit français sous forme d’un décret, décret légèrement modifié très récemment (03/2011).
La réglementation française concernant les produits diététiques de l’effort date quant à elle de 1977 et ne tient pas du tout compte des dernières avancées en matière de nutrition sportive. Un projet de directive européenne pour ces produits diététiques devait permettre d’harmoniser la législation dans les différents pays mais il n’a toujours pas abouti. Dans ce contexte, il règne un certain « flou » réglementaire pour ces produits, pas très bien encadrés…

Pour finir, les poudres de protéines sont souvent classées comme compléments alimentaires ou comme aliment riches en protéines.

X.B. : Ces produits diététiques pour sportifs sont régulièrement pointés du doigt comme responsables de résultats positifs à un contrôle anti-dopage. Cela est-il plausible ?

I.M. : Par manque de rigueur ou inadvertance, certains sportifs peuvent effectivement ingérer des compléments alimentaires contenant des substances dopantes interdites et prendre ainsi des risques pour leur santé. Certains fabricants, notamment dans les pays dans lesquels la réglementation est particulièrement souple (USA par exemple), se « permettent » d’ajouter de substances dopantes afin que leur produits soient jugés efficaces. Une vaste étude menée par le CIO en 2002 a ainsi révélé que sur 634 compléments alimentaires pour sportifs vendus en Europe et aux USA, près de 15 % s’avéraient contaminés par des substances ! La plus grande prudence s’impose donc quant au choix d’un produit diététique ou d’un complément alimentaire. Toutefois, des règles simples permettent d’éviter ces mésaventures, règles qui devraient être inculquées dès le plus jeune âge aux sportifs et à leur entourage. Dès lors, ce type de contamination devient extrêmement rare.

X.B. : Quels conseils donner à un sportif qui souhaite utiliser des produits diététiques pour sportif afin d’être sûr de la composition ?

I.M. : Les produits fabriqués en France sont censés suivre une charte d’étiquetage stricte qui impose l’étiquetage de tous les ingrédients et les fabricants ont une obligation de traçabilité. De ce fait, il est facile de vérifier qu’il n’y ait pas de produits dopants dans le produit.
Par ailleurs, certains fabricants ont fait labelliser leurs produits « wall protect », pour attester de la non présence de substances dopantes dans leurs produits. Géneralement, en choisissant des produits de marque connue et réputée, notamment française, les risques de contamination sont quasi nuls. Par contre, il faut à tout prix éviter l’achat de produits, sur internet ou en salle, bon marché et de provenance douteuse.
Pour les sportifs de haut-niveau qui ont besoin d’un niveau de sécurité plus élevée, ils ont tout à fait la possibilité de demander auprès du fabricant une attestation de non présence de produits dopants dans les suppléments qu’ils souhaitent utiliser. De plus, je leur conseille de noter les références des produits qu’ils consomment ainsi que leur numéro de lot.
Enfin, en compétition, confier ses produits diététiques et son alimentation à une personne de confiance est indispensable.

Toute cette démarche peut paraître complexe et un peu « parano » mais ainsi, le risque de se faire contaminer accidentellement devient quasi nul.

Merci Isabelle pour ces judicieux conseils.

Isabelle Mischler est Docteur ès-sciences en nutrition et propose des activités de conseil et formation en nutrition, activités qui s’articulent autour du consulting, de la formation continue, des conférences et du coaching nutritionnel. Plus d’information sur son site : www.nutrimove.fr.

Spécialisée en nutrition du sportif et des seniors et passionnée par le web, Isabelle anime également les sites internet suivants :
www.dietetiquesportive.com
www.mangerpourgagner.fr