A LIRE :

Interview Sébastien Bême – ” un préparateur prépare des qualités, pas des gestes spécifiques.”

– Bonjour Sébastien, peux-tu te présenter pour commencer ?

Bonjour Xavier. Avec plaisir. Je suis Sébastien BÊME, préparateur physique et rédacteur d’articles. J’ai débuté de manière bénévole un peu avant 2000 (je ne suis pas allé au bout de mon parcours de formation universitaire) et j’ai évolué au fil du développement d’Internet, ce qui expliquera mes influences nord-américaines.

Pour finir ma formation, et pour m’orienter vers ce qui m’attirait le plus au départ (la recherche), je me suis formé de manière autodidacte en puisant d’abord dans le peu de livres existants en français à l’époque (en fait il y en avait 3-4, les autres étaient des équivalents montrant les mêmes choses de manière différente). Puis avec l’explosion d’Internet, j’ai eu accès, comme tout le monde, aux livres et études américaines qui m’ont beaucoup intéressés puisqu’à l’opposé de ce que l’on apprenait en Staps et ce que l’on entendait sur les stades : l’absence de dogmes, l’absence de certitudes qui permettaient d’appliquer à peu près toutes les techniques à la condition qu’il y ait une logique (et non une entité supérieure qui ait validé la chose, cf. Cometti ou l’Insep ou une quelconque fédération).

Et en plus comme l’anglais était une des causes de mon arrêt universitaire, c’était une occasion de prendre une revanche sur l’institution (j’ai appris entre temps).

Par la suite, pour pouvoir vivre de cette activité bénévole, j’ai passé le diplôme minimal (BPJEPS), me permettant d’être en règle avec la loi.

– Tu es très présent sur internet. Présente-nous tes différents sites et blogs ?

J’ai 2 sites Internet : un pour présenter mon coaching, mon travail de préparateur physique (Sport Santé Gironde, anciennement Sport Santé Basque puisque je vais bientôt déménager) et le Site Gymsanté.

Ce site contient plusieurs sections par sport ou intérêt (matériel, recherche, ressources) où j’essaye de mettre en ligne ce que j’apprends ou lis. L’objectif n’est pas d’être une base de données universelle et exhaustive (c’est impossible), mais de présenter ce qui me semble au plus proche de ce que j’aime dans mes lectures et qui bouleversent un peu les us et coutumes locales (j’aime bien choquer puisque c’est quand j’apprends un truc qui casse mes certitudes que j’apprends le mieux).

Parfois, j’y place des choses moins proches de moi, mais qu’il est intéressant de connaître.

L’objectif est de toucher à toutes les qualités, car pour moi un préparateur prépare des qualités, pas des gestes spécifiques. Il est spécialiste de cela et non d’un sport X ou Y.

– Avec quelle(s) discipline(s) sportive(s) travailles-tu en ce moment ? A quel niveau ?

Puisque je prépare mon déménagement, actuellement j’épure ma clientèle en terminant les contrats en cours au niveau face à face. Donc actuellement ma clientèle restante est surtout orientée santé (la bobologie type tendinites, maux de dos…) sur laquelle je travaille grâce à l’entraînement fonctionnel. Ce n’est pas une clientèle très sportive…

Je reprendrai ma prospection purement préparation physique d’ici 3-4 mois quand j’aurai déménagé et testé le marché local comme il faut.

Mais d’une manière générale, et jusqu’à présent, je travaillais majoritairement avec des athlètes recherchant soit un renforcement global (des trentenaires subissant les années de pratique exclusive non équilibrée) ou les athlètes de puissance (vitesse, détente, force). Parfois des athlètes plus ‘endurants’ comme pour le Trail, mais c’était très ponctuel car la préparation physique des sports de grand fond sont assez fermés en termes de préparation physique, il est assez difficile de s’insérer correctement dans l’entraînement général (sauf à prendre en charge également cet aspect).

Les niveaux allaient du débutant jusqu’au niveau interrégional voire début National 3 (désolé, j’ai toujours la référence athlétisme pour classifier le niveau des athlètes). Parfois un athlète d’un très bon niveau, mais dans des sports pas encore très concurrentiels (beach volley notamment).

– Ton parcours semble très diversifié, tant du point de vue de la formation que de la pratique. Que penses-tu tirer de toutes ces expériences diverses ?

Mon parcours autodidacte m’a obligé à partir d’une base universitaire inachevée (bac +3, ça ne va pas loin) pour aller à la pioche aux informations en fonction de mes idées reçues. Donc je suis parti de ce que je pensais solide (anatomie, physiologie, biomécanique) pour approfondir celles-ci et de fil en aiguille (en fait en suivant les références de chaque lecture) le champ s’est élargi. Et comme je suis un boulimique de lectures, dès qu’un thème nouveau ou une idée nouvelle apparaît, je recherche tout ce qui est possible de trouver et je lis.

Cela me permet de toucher à peu près à toutes les parties de la préparation physique sans en être spécialiste d’aucune. C’est ce qu’est pour moi un préparateur physique : un préparateur de qualité non spécialiste d’une discipline (en d’autres termes un préparateur physique n’est pas un entraîneur de foot par exemple, il développe des qualités nécessaires et charge à l’entraîneur de s’en servir ou non). C’est pour cela que quand je vois les fédés ou les clubs qui demandent aux préparateurs physique d’être spécialiste vitesse ou force ou d’avoir en plus le diplôme d’entraîneur pour en reproduire les séances spécifiques, ça m’énerve : si c’est pour rester dans l’ancien monde et faire une préparation physique qui est plus de l’entraînement orienté physiologie ou renforcement musculaire, autant se passer des services du préparateur physique, c’est moins cher.

Par contre, ces expériences m’apportent un énorme manque : le terrain. En effet, tout étant théorique, basé sur la préparation des programmes et des séances, je ne suis pas le plus à l’aise du monde durant celles-ci. Je ne suis pas un animateur de séance, j’optimise les gestes, je modifie les charges, les vitesses ; mais faut pas me demander de booster l’athlète en sautant ou en criant de tous les côtés, ce n’est pas ma spécialité.

– Comment fais-tu pour continuer à progresser dans ta pratique de préparateur physique ?

Toujours de la même manière : je lis absolument tout ce que je trouve en lien avec le sport, généralement 2/3 d’études et 1/3 de livres à raison d’au moins 1 heure par jour. Ensuite j’oublie ou j’insère dans mon petit cerveau pour les inclure dans mes séances si cela me permet d’apporter un plus. J’aime bien les sources NSCA. D’une part parce que ce n’est pas cher (le nerf de la guerre) et d’autre part parce que c’est avec cette base de données que j’ai commencé et que je m’y suis habitué, c’est assez spécifique préparation physique, il y a assez de sujets avec arguments et contre arguments pour se faire sa propre idée.

Une autre manière de progresser, pour moi, est de m’obliger à ne jamais proposer 2 fois la même séance à 2 athlètes différents : la personnalisation à tous les instants. C’est aussi une manière de s’obliger à se renouveler pour y arriver (en plus du fait qu’un athlète me paye, il n’a pas à bénéficier d’un service réchauffé).

– On constate sur ton site gymsanté, de nombreuses influences nord-américaines. Peux-tu nous en parler ?

Oui, je suis de la génération Carl Lewis, Mickael Jordan et j’ai eu la chance de rencontrer en colloque John Smith qui, pendant mes études, a complètement explosé ce que l’on m’apprenait (je me souviens des entraîneurs chevronnés d’athlé présents qui disaient en off qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre ce qu’il présentait, eux étaient dopés, pas en France…).

Personnellement j’ai adhéré à ses idées et je suis parti de là pour apprendre. Elles étaient simples pourtant ces idées : pas de no pain no gain (ce qui à l’époque n’était pas très conventionnel), de la qualité à chaque instant quitte à perdre en intensité et en volume, la force et la vitesse spécifique sont la base de tous les gestes sportifs (exit la pyramide classique endurancespécifique) et surtout pas de certitudes, chaque athlète réagit différemment à un entraînement.

– Pour toi, quelle est la différence de philosophie entre l’Europe et l’Amérique du nord ?

La grande différence est dans l’expérimentation. En France, tout se joue surtout au niveau fédéral ou institutionnel : on définit une ligne de bonne conduite et tout le monde se doit de l’appliquer jusqu’à ce qu’un préparateur physique (ou entraîneur) ose autre chose et réussisse. Alors cela devient la nouvelle base. Au niveau nord Amérique, chacun explore, apprend de chaque entraînement et utilise ce qui fonctionne dans les autres sports. C’est beaucoup plus ouvert et au final parfois ça marche, parfois non. Mais quand ça fonctionne, ça fonctionne pour de vrai, pas du type ‘un futur espoir qui sera toujours en devenir’.

On est un vieux monde, on a besoin de s’ancrer sur notre passé pour le modifier et en améliorer les choses. Là-bas ils n’hésitent pas à partir de 0 pour arriver à un concept.

Il n’y a pas de mieux ou de moins bien. Ce sont 2 mondes différents.

– Même si tu présentes beaucoup d’intérêt sur l’augmentation du niveau de force, tes articles portent également sur l’entraînement fonctionnel. Selon toi, entraînement de force et entraînement fonctionnel sont-ils compatibles et comment ?

Oui, et c’est complètement complémentaire. La force est la base du geste (même respirer demande de la force). Mais la force implique l’utilisation des bons muscles au bon moment, dont que ces derniers soient capables de travailler (mobilité, activation…).

Lorsque je prends un athlète, l’une de mes priorités est de tester sa mobilité, sa technique (soit directement à l’aide de tests comme le FMS soit indirectement en l’observant à l’entraînement). Pas pour voir sa force, son endurance… Ça c’est la base du job, mais pas ma priorité. Ce que je veux, c’est savoir comment il se déplace, comment il utilise sa force pour des mouvements en apparence simples.

Si le niveau me convient, j’utilise l’échauffement et le retour au calme pour maintenir voire améliorer un peu cet aspect et je l’entraîne dans ses objectifs. Si le niveau ne me convient pas, il y a d’abord une phase de pré-préparation où il travaillera à améliorer sa fonctionnalité. De toute manière, sans elle ses gestes sportifs seront moins bons qu’ils ne le devraient, et en améliorer la démonstration ne sera qu’une course bancale beaucoup plus longue que ce qu’elle devrait l’être. Bien sûr, on entame la préparation conventionnelle durant cette phase ‘pré’, mais c’est léger, beaucoup plus qualitatif ou cardio-vasculaire pour éviter les blessures et le contre-emploi avec le travail à faire.

En gros, l’entraînement fonctionnel est la pré-préparation physique, puis il devient l’hygiène de vie (échauffement, retour au calme, séances de régénération) du quotidien.

– Quel est le point le plus important lorsque tu t’occupes de la préparation physique de sportif. Si tu as peu de temps chaque semaine, que travailles/développes/entraînes-tu ?

Je regarde en priorité les bases de données des fédérations quant aux informations purement physiologique (le nombre de sprints par match, la puissance courante…) et des vidéos de compétition à la fois des meilleurs mais également du niveau de l’athlète pour comprendre ce dont il a besoin. Je regarde l’entraînement réel qu’il pratique pour ne pas travailler les mêmes qualités : cela permet de gagner du temps (pas besoin de travailler la vitesse si le joueur fait des séances orientées vitesse avec l’entraîneur). Et au final, en fonction des tests de départ, je peux en déduire les qualités à améliorer pour le faire progresser à terme.

Dans le cas d’un manque de temps, après avoir bataillé pour en avoir plus, j’essaye de donner la priorité à la partie fonctionnelle, core training puisque cela permettra de réduire les blessures et un certain repos (si je n’ai pas beaucoup de temps, c’est que la charge à côté est très grande) et d’orienter le développement des qualités exclusivement sur l’aspect qualitatif. Je ne pense pas que l’on puisse travailler, comme cela peut se faire au tennis par exemple, en micros cycles de quelques jours sur une qualité (entre 2 tournois) pour en obtenir une amélioration. Cela peut faire illusion une fois ou deux fois (c’est très simple de faire exploser sur une surcompensation une qualité précise); mais au final l’organisme a besoin de se reposer. Je préférerai utiliser les breaks, les blessures, les intersaisons ou simplement demander à l’athlète (ou l’entraîneur) de lever le pied quelques temps pour approfondir un développement.

– Si tu devais donner un conseil, un seul, à un jeune sportif pour sa préparation physique, quel serait-il ?

Prends ton temps ! Ne soit pas comme tous les autres à vouloir voir les progrès de séance en séance. Si tu as un objectif, prépares le à l’avance (quelques mois ou années) et soit patient : chaque phase de l’entraînement n’est pas là pour progresser immédiatement mais pour servir de base au cycle d’après qui permettra d’être meilleur au suivant et au final, quand tout se met en place, les résultats peuvent apporter de jolies surprises.

Si les choses suivent un ordre qui tend vers l’objectif et non pour faire illusion ponctuellement, les progrès n’en seront que meilleurs. J’ai eu un athlète (foot us) il y a un peu plus d’un an, qui est venu me voir suite à une blessure, qui voulait reprendre le terrain pour performer et en objectif principal se faire détecter pour un stage de quelques jours aux USA. Il a accepté d’avoir des coups de moins bien, de ne pas être au top en quelques semaines et au final non seulement son objectif a été atteint, mais les quelques jours prévus de stage US ont dépassé le trimestre…

Merci à Sébastien d’avoir répondu à ces quelques questions !

Retrouvez Sébastien sur ses sites :

http://www.gymsante.eu/

http://www.sport-sante-gironde.fr/

Chaque publication, dans votre boîte de réception. Pas de spam, jamais. Promis.