Le débat de la spécialisation des préparateurs physiques

Depuis une quinzaine d’année on assiste à une spécialisation par sport des préparateurs physiques (voir une hyper spécialisation des rôles une fois la barrière des sports passée).

Rares sont les PP avec le label multisport. Certes, nous avons Fred Aubert au sein de la FF de football qui est passé par le basket, le badminton et le rugby qui fait office de robinson tant il semble unique. Le débat entre ceux qui prônent la spécialisation et ceux qui pensent défendent une horizontalité de la profession de préparateurs physiques.

L’idée de ce billet est donc de faire une revue des arguments de nos 2 participants qui proposent de définir leur point de vue sur la profession de PP et la formation de ceux-ci.

Stéphane Morin
PhD, enseignant UFR STAPS Nantes, chercheur associé, co-fondateur de TrainingLoad Pro – www.trainingloadpro.com

Je fais souvent le parallèle PP “généraliste” / PP “spécialiste” avec médecin “généraliste” /médecin “spécialiste”. Ils ne s’opposent pas. Ils sont complémentaires.

L’un est polyvalent, travaille avec toutes sortes de sportifs (du jeune au moins jeune) et gère des niveaux de condition physique variés. Le “généraliste” par définition, doit avoir des compétences très étendues pour dépister les points forts et les points faibles de ses sportifs et proposer les exercices adaptés.

L’autre est spécialiste de l’activité. Il a une connaissance très approfondie de son sport. Il maîtrise avant tout les versants techniques et tactiques. En ce sens il doit être un entraîneur. Mais il doit aussi maîtriser aussi les aspects biologiques, physiologiques, psychologiques, psychologiques et sociologiques, comme les technologies utilisées dans son sport.

Le PP “spécialiste” maîtrise les codes culturels de son sport, leurs évolutions. Cela continue à légitimer leur crédibilité auprès sportifs avec lesquels ils travaillent.

Le PP “généraliste” a pour vocation principale de s’occuper des sportifs non experts, non professionnels, mais aussi de thématiques « généralistes » (e.g. : planification de l’entrainement…).

Le PP “spécialiste” a pour vocation de s’occuper des sportifs experts, professionnels.

Ce qui les différencie principalement, c’est la connaissance de l’activité qui confère la capacité à pouvoir analyser l’activité, à la comprendre pour mieux identifier les origines réelles des succès et des échecs. A ne pas s’arrêter aux évidences.

Des années de pratique au contact de sportifs experts, professionnels lui permettent d’enrichir ses connaissances de l’activité. Les nombreux échanges avec les pairs suscitent le doute méthodique. Sa passion pour son sport le poussera souvent à étudier, se former sur tout ce qui pourrait contribuer à améliorer le niveau de performance de ses sportifs.

Le PP “généraliste” ne pourra consacrer autant de temps à mieux connaître tous les sports des sportifs dont il a la charge. Une semaine ne contient que sept jours.

Le danger majeur pour le PP “généraliste” ? Faire un prêt-à-porter, c’est-à-dire, tendre à proposer toujours les mêmes contenus quels que soient les sportifs, alors que des sportifs professionnels imposent de la “haute couture”, du “sur-mesure”.

Le danger majeur pour le PP “spécialiste” ? Croire que son expérience lui donne les clés du succès, ne pas comprendre que tout évolue, que le niveau de compétence des sportifs experts évolue vite, très vite, d’une semaine sur l’autre, dans un sens comme dans un autre et qu’il doit tout recommencer à chaque fois.

L’un n’est pas supérieur à l’autre. Ils font deux métiers qui portent le même nom, mais dans des contextes différents. Les fédérations ne s’y sont pas trompées à former leurs propres PP “spécialistes”. Ils sont, ils doivent avant tout être des entraîneurs. Ces PP ont une vision souvent technocentrée.

Les PP “généralistes” sont le plus souvent formés à l’université.

Aux uns on reproche le manque de connaissances scientifiques, aux autres on reproche le manque de connaissances techniques et tactiques. Pour les deux, on est souvent dans la caricature. Ces PP ont souvent une vision physio-centrée.

En ce sens généraliste et spécialiste renvoient à la connaissance de l’APS.

Il existe bien sûr des PP qui ont cette double formation.

Ce qui fait qu’on est l’un ou l’autre, c’est peut-être le temps que l’on consacre à son sport et le niveau des sportifs auxquels on s’adresse.

Les deux ont néanmoins pour caractéristique commune d’être des personnes de terrain. Ils sont en contact direct avec les sportifs.

Un PP “spécialiste” ce n’est pas un PP qui écrit un livre, ou fait des articles scientifiques, ou intervient en colloque. Il peut le faire pour partager ses connaissances, mais il doit rester avant tout un entraîneur au sens premier du terme. C’est là qu’est sa place. C’est un artiste.

Un PP “généraliste” n’est pas un incompétent qui n’arrive pas à être un PP “spécialiste”. C’est un spécialiste du “transversal”, de la thématique plus que du sport. Il doit pouvoir dans une même semaine intervenir sur des nageurs, des athlètes, des cyclistes etc. C’est-à-dire maîtriser les “fondamentaux” de différents types de motricité, de physiologie etc. C’est un artisan.

En ce sens, ils sont donc tous les deux des spécialistes : l’un dans un sens vertical, l’autre dans un sens horizontal.

Rien n’empêche évidemment à l’un de devenir l’autre et à l’autre de devenir l’un. C’est simplement un problème de motivation et de formation.

Personnellement, j’ai autant d’admiration pour l’un que pour l’autre. En tant que professeur d’EPS, je n’ai jamais considéré que j’avais moins de mérite qu’un entraîneur professionnel.  En tant qu’enseignant et chercheur à l’université, je n’ai pas plus de mérite qu’un enseignant en collège. Je fais un autre métier. Lorsque j’étais PP en clubs de football pros, je ne considérais pas être un PP “spécialiste” car je n’avais pas de diplôme d’entraineur de football. J’étais donc plus un PP “généraliste” spécialiste des processus d’amélioration de la performance.  Ne pas connaître parfaitement le football était un handicap. C’est pour cela que je travaille maintenant toujours en équipe et que je me considère beaucoup plus comme un “responsable de la performance” au service des entraineurs.

Quand j’entrainais des athlètes de haut niveau, j’étais par contre un entraîneur-PP “spécialiste”. Avoir eu toutes ses étiquettes m’a permis de mieux cerner les rôles, les demandes et les missions de chacun, sachant qu’elles ne sont ni fixes ni clairement délimitées, mais évolutives et floues.

Mais, à mon avis, ce qui pose le plus de problèmes, c’est le terme “préparateur physique” et les connotations qui y sont associées. Aujourd’hui cela ne veut plus rien dire. On oppose trop PP à entraîneur. Pourtant un PP est aussi un entraîneur. S’il n’est pas reconnu à juste titre, c’est sans doute à cause de cela. Le droit du sport français reconnaît les statuts de sportif, de dirigeant, de juge, d’entraineur. Mais pas de PP ni de PM.

Ne soyons pas naïfs également. Certains veulent avoir l’étiquette PP “spécialiste” pour satisfaire leur égo. Et chez certains il est surdimensionné. Les réseaux sociaux sont de ce point de vue des prismes très déformants. Les enjeux économiques sont aussi à prendre en compte. Beaucoup de PP ne vivent pas de leur métier. C’est la course aux clients. Se revendiquer “spécialiste” leur fait croire qu’ils pourront trouver plus facilement du travail, des contrats. Ils oublient trop souvent que c’est la compétence que les clients recherchent. Être pérenne dans ce métier, c’est déjà par certains côtés un gage de compétence.

Je ne parlerai pas des PP “multitâches”. Ceux qui savent tout faire, du terrain jusqu’au laboratoire scientifique, qui souvent prêche la bonne parole, qu’on découvre “spécialiste” de nutrition, de mentale, d’une molécule hyper vitale, d’un détail physiologique hyper incontournable, d’un gène, sans formation ni diplôme reconnus, ou alors avec des diplômes et formations sans rapport avec leur “expertise”, voire même sans expérience. Ceux-là, je les admire. Ils revendiquent souvent être autodidactes, sont très critiques vis-à-vis des systèmes de formation établis et ont une capacité à échanger assez limitée. Leurs remarques et critiques semblent promouvoir une certaine anarchie puisqu’ils dénigrent systématiquement le “système”. Ce qui est paradoxal, c’est de revendiquer une légitimité officielle sans cadre de références. On a vu ce que cela donnait avec les ostéopathes. Ils m’impressionnent donc trop pour que j’en parle. Ce sont les nouveaux “dieux” de la PP.

La réathlétisation/réentrainement ? Là aussi il y a des PP “généralistes” et des PP “spécialistes”. Mais on est dans un cadre légal ambigu.

Le problème majeur reste que les “pros” PP “généralistes” ont souvent tendance à raisonner en méthodes, en idéologies, en doctrines plutôt qu’en lois, en règles, en principes.

Ce serait nier la différence entre la technique et le style. L’un est l’ensemble des comportements généralisables, l’autre est la personnalisation de ces comportements. Il ne faut pas les opposer. L’un n’existe pas sans l’autre. L’un évolue avec l’autre.

La motricité humaine a ainsi des principes communs, qu’elle soit aquatique ou terrestre : l’amplitude, la fréquence, le temps de contact, le temps d’envol. Mais la motricité d’un joueur de sport collectif de salle a des différences importantes avec la motricité d’un joueur de sport collectif d’extérieur. La nature du terrain influence énormément le temps d’appuis, la surface du pied en contact avec le sol et donc la nature et la séquence des contractions musculaires. Combien de PP “généralistes” sont venus de l’athlétisme pour aller dans le football et ne l’ont pas compris. On les a vu reproduire les mêmes exercices de terrain, de musculation. Par exemple, la phase de production de vitesse est différente. Mais ont-ils réellement compris que le footballeur ne cherche pas à produire une vitesse maximale comme un sprinter sur une piste d’athlétisme ? Que les jambes qui lui servent à se déplacer sont aussi celles qui lui permettent de contrôler le ballon et que cela est déterminant. Que le joueur de football n’a pas de starting-blocks ? Qu’il ne démarre presque que jamais arrêté ? On ne court pas de la même manière si on est sur une piste d’athlétisme, dans un gymnase avec un ballon à la main, ou sur un terrain de football avec une balle aux pieds. La réalité me fait dire que beaucoup de PP ne connaissent pas tous ses aspects. Il suffit de regarder les exercices qu’ils proposent. Tous les sportifs de tous les sports du monde pourraient les faire. Ça m’interroge beaucoup. Cela ne les empêche pourtant pas de dire qu’ils individualisent.

Définir un profil de force, un score FMS, une VMA etc : cela ne peut avoir un sens que si on tient compte des caractéristiques du sport, de niveau de pratique, de l’expertise du sportif, de son âge … Ce n’est pas toujours flagrant quand on lit certains écrits.

Les PP “généralistes ” peuvent donc sous-estimer ce qui est essentiel à haut niveau : la prise en compte du contexte spécifique, ses influences sur l’organisme.

Prôner des bains froids, différentes méthodes de musculation, c’est bien. Mais si l’équipe se déplace en jet privé en hôtel de luxe, ce n’est pas la même chose que si on voyage plusieurs heures en bus et qu’on dort dans un hôtel bas de gamme.

C’est ainsi le reproche majeur que je fais au modèle de Banister, lorsque l’on parle de charge d’entraînement. Pourtant cette prise en compte du milieu, l’influence du milieu sur l’organisme n’est pas nouvelle. Jean-Baptiste Lamarck l’évoquait déjà au 18e siècle. Sa théorie transformiste s’appuie sur deux principes :

– “la complexification croissante de l’organisation des êtres vivants sous l’effet de la dynamique interne propre à leur métabolisme,

– leur diversification, ou spécialisation, en espèces, à la suite d’une adaptation à leur milieu de leur comportement ou de leurs organes.”

Jean Piaget reprendra ses idées ultérieurement. Tous les étudiants STAPS le connaissent. “ L’éclairage qu’il apporte sur l’« intelligence », comprise comme une forme spécifique de l’adaptation du vivant à son milieu, sur les stades d’évolution de celle-ci chez l’enfant et sa théorie de l’apprentissage exercera une influence notable sur la pédagogie et les méthodes éducatives”.

C’est aussi la différence entre génétique et épigénétique : “Alors que la génétique correspond à l’étude des gènes, l’épigénétique s’intéresse à une « couche » d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule ou… ne pas l’être. C’est un concept qui dément en partie la “fatalité” des gènes »

L’homéostasie et la notion de milieu intérieur chère à Claude Bernard ne fait que renforcer cette influence. Il en est de même pour le Syndrome d’Adaptation Générale de Hans Selye, souvent repris par Verkhoshansky dans ses interventions sur l’entraînement.

Se revendiquer spécialiste de la force ? Des étirements ? De la musculation ? De la proprioception ? … Cela ne me choque pas. Mais le PP doit néanmoins avoir une connaissance approfondie de tous les facteurs de la performance. Attention à ne pas devenir spécialiste du détail du détail. On n’entend pas en effet dire un entraineur qu’il est spécialiste du pénalty, de la touche, du coup franc. Il est plutôt spécialiste des gardiens de but, des attaquants, des défenseurs. Mais il a une connaissance approfondie de son sport.

Le PP « généraliste » (en référence à un sport) peut donc être un PP « spécialiste » (en référence à un domaine de la performance).

Personnellement, mes journées ne sont pas assez longues, mes semaines non plus, pour connaître les subtilités de chaque sport. Je me considère donc comme un PP « généraliste » et j’en suis fier. C’est la raison qui me pousse à travailler avec des experts des sports dans lesquels j’interviens. C’est un grand plaisir que d’échanger avec eux, de chercher les meilleures stratégies d’entraînements pour être en forme au bon moment, plusieurs fois de suite. Car c’est cela que les sportifs attendent.

Par contre quand on parle de stratégies d’entraînement, de charge d’entraînement, d’effets cumulés différés, je deviens « spécialiste » et les entraîneurs deviennent des « généralistes » !

Le PP « spécialiste » et le PP « généraliste » peuvent donc bien sûr travailler dans une même structure. Ce qu’il faut définir c’est le référentiel : le sport ou le domaine de la performance ?

Quoi qu’il en soit, les logiques « verticales » et les logiques « horizontales » ne sont pas antinomiques. Elles sont complémentaires. Que les unes rejettent les autres doit interroger, inquiéter.

Mais les revendications de certains PP d’être reconnus, d’être étiquetés comme des spécialistes me font beaucoup plus penser à un problème existentiel, à un mal-être, qu’à un réel problème. Ces PP voient souvent l’herbe plus verte ailleurs, le soleil plus brillant, décrivent l’arbre comme étant une forêt, et font de l’exception une règle. J’ai plus l’impression qu’ils prêchent pour leur paroisse que pour la profession.
Ce qui me fait sourire ? C’est qu’à ce moment précis ils semblent prendre conscience de l’importance du milieu, du contexte. Le monde idéal n’existe pas, pas plus que le pays ou les PP sont une institution respectée. Une compétence importante est de savoir s’y adapter.

Il est surtout indispensable d’avoir une approche systémique, c’est-à-dire de considérer le sportif, ses aptitudes, ses capacités comme celles d’un être humain évolutif en relation permanente avec son contexte d’évolution. De comprendre que c’est un être émotif.

Le PP est un acteur parmi d’autres, ni moins important, ni plus important.
Savoir s’il est généraliste ou spécialiste, personnellement, je n’y attache aucune importance.
Je suis beaucoup plus sensible au fait qu’il soit compétent, motivé et optimiste.

Arnaud Ferec

Préparateur physique, fondateur de PRO-FTS – www.pro-fts.com

Ce qui me gêne toujours dans les raisonnements sur la spécialisation, c’est que cela ne pose aucun problème que le kinésithérapeute ou le médecin ne soit pas annoncés comme spécialiste. Après tout si l’on suit ce raisonnement, c’est bien un enchaînement naturel non?

L’utilisation de l’exemple de médecin spécialiste et généraliste est fumeuse. Nos médecins dans les équipes sportives sont médecin du sport. Cette spécialité se suffit à elle-même. Nos kinés sont (en générale) marque du sceau kiné du sport. Ces 2 notions “du sport” n’impliquent pas qu’il soit spécifique à un sport. Pourquoi un PP devrait il être spécifique à un sport X.  Mais quelle est la différence entre un kiné et un kiné du sport ? Entre un médecin et un médecin du sport? Une meilleur connaissance des problématiques liées aux activités physiques. Ce n’est pas en ayant une pseudo connaissance de l’activité X ou Y mais bien une connaissance précise, approfondie, en biomécanique, l’anatomie, la neurophysiologie, les conceptions d’apprentissage moteur et la psychologie et plus. C’est d’abord en connaissant l’homme que l’on peut entraîner l’homme.

L’analyse de l’activité est bien plus fumeuse qu’on ne le pense. D’une part parce que d’un entraîneur à l’autre, il y a des méthodes d’entraînement différentes, des idéologies de jeu différentes et donc des recrutements de joueurs différents. Croire que l’on connaît l’activité parce que 3 statistiques et 4 études c’est très limite. Croire que l’on connaît l’activité parce qu’on l’a pratiquée depuis l’âge de 10, c’est également limite, non seulement le niveau auquel on a joué ne correspond peut être pas à celui où on est entrain d’entraîner mais en plus les règles et les techniques évoluent et avec elles le jeu. Et à l’heure où les motricités des sports s’entremêlent de plus en plus, le footballeur prend ses un contre un comme le basketteur grâce a une meilleur technique de dribble, la latéralisation est de plus en plus importante avec les défenses à 10 qui ferment les espaces. Le rugbyman explore les passes lobées et la verticalité, on voit que si les corps sont spécifiques au sport (par une sélection génétique ou bien une adaptation aux contraintes des entraînements), les motricités elles, se ressemblent de plus en plus. Mais au final le problème pour un préparateur physique est-il de connaître l’activité et d’être un entraîneur bis ou bien d’être un spécialiste de la motricité afin de travailler sur les besoins de l’athlète en terme d’optimisation de la performance.

D’ailleurs si on est spécialiste de son activité, ne va t’on pas aussi spécialiser la formation des jeunes? Et bien évidement, c’est ce qui s’est passée. Et c’est cette spécialisation de la PP, où on met le sport au centre et non le jeune athlète, qui est remise en cause intensément depuis plusieurs années dans des pays qui “innovent” en travaillant sur la variété et la variabilité des motricités.

Le débat sur la spécialisation et la généralisation est bien plus large que l’on pense aux premiers abords. C’est une question de définition de notre activité et une affaire sur notre place au sein des staffs pro. Et oui la France souffre d’un manque de professionnalisme dans notre métier de PP. Reconnaissons-le. Quand on voit nos voisins Européens, nos oncles d’Amérique, ou nos cousins d’Australie, le PP à sa place indiscutablement.

Quand on parle de PP généraliste, on pense également à la PPG et dans un soucis de toujours coller à l’activité et d’augmenter le nombre d’heure de pratique comme le transfert, on se veut de plus en plus spécifique. C’est à dire que l’on va faire 2 passes et un sprint derrière ou bien on va faire des sprints avec le ballon au pied. Moi j’appelle cela de l’entraînement technique. Mais c’est peut être mon bagage de coach de basket qui parle; le basket est depuis longtemps habitué aux situations de un contre un, de faire 3 petits sauts avant d’aller chercher un rebond, ou bien de jouer des situations de contre-atttaque après un sprint défensif… mais on appelle pas ça de la préparation physique. Et aux USA, terre de basket, ce n’est pas le rôle du PP que de faire ce type d’animation.

Alors bien évidemment si on approche le travail du PP comme un analyste de data pour calculer la pseudo charge interne de travail (pour ceux qui font de “l’individualisation”) sur les 2-4h d’entrainement de la journée, et qu’il est animateur du choix des exercices [ aujourd’hui c’est 3×3, demain c’est 7×7 sans goal…], et si on pense que individualiser c’est donner un poids différent dans la salle de muscu, un temps d’entrainement différent, et 3 exercices de prévention différents, alors effectivement je recommande des entraineurs du sport, voir je file le boulot a l’assistant et j’engage un data analyste qui peut coder; comme ca j’aurais des beaux graphiques et des statistiques le lundi matin au top.

Mais si on considère que la préparation physique, c’est avant tout l’optimisation de la performance motrice du sportif; c’est a dire de placer l’athlète, l’homme, au centre de nos préoccupations et que l’on individualise les charges de travail alors il faut une formation qui s’applique à l’humain et non au sport.

La connaissance de l’activité se fait rapidement quand on a les outils pour l’analyser. Par contre, les histoires de vestiaires sur qui a marqué le but en 1997, ou le plaquage raté de X en finale de la coupe…tout ce qui fait la culture et l’histoire du sport est important pour établir des liens avec les joueurs et d’accaparer leur confiance. Mais dans un monde sportif qui se professionnalise de plus en plus, le rugby de potes (pour prendre cet exemple) n’existe presque plus (bien ou mal à vous de choisir), la 3ème mi temps est moins terroir qu’elle ne l’était. Et entre un gars compétent et un autre qui a une besace d’histoires, moi je choisis la compétence pour m’entraîner. mais c’est mon avis.

Aussi pour moi le PP généraliste c’est celui qui va travailler avec la population en générale où la santé va être le point important. Quand on a besoin de remplir un objectif précis,on va aller voir un spécialiste. Celui-ci est formé à des techniques particulières pour répondre à des besoins particuliers.

Cela ne choque personne si un médecin chirurgien est spécialiste du pied et du genou. Pourquoi est il choquant si un PP est spécialiste de la vitesse et de la force? Après c’est avant tout une question d’évaluer les profils de résistance de l’activité afin d’adapter individuellement au profil de force de mes joueurs. Et ça c’est amusant mais les spécialistes des activités ne le mentionnent que rarement pour ne pas dire jamais..

En d’autres termes, si on considère que pour avoir sa place comme PP, je dois me pourvoir en entraîneur et gérer les 4 allers-retour et les 10 sauts, faire 3 graphiques des datas GPS, je pense que l’on ne fait pas le même métier, mais je comprends. La partie financière est plus intéressante quand on a le titre d’assistant coach que quand on est PP.

Si par contre on considère que le métier de PP c’est d’évaluer les profils de force et de construire les exercices pour adapter les profils de résistances afin de permettre à l’athlète de progresser dans son contrôle moteur, alors je ne vois pas ou se situe le problème de travailler avec un basketteur, un sprinter ou un tennisman. Les kiné et osteo n’ont pas de problème à passer d’un footballeur à un kayakiste. Et si l’on poursuit sur la connaissance de l’activité comme élément fondamentale, les coachs qui entraînent le sport féminin ne devrait pas passer chez les hommes et vice-versa. L’activité est quand même assez différente. En basket, par exemple, l’exploitation de la verticalité est presque absente chez les féminines alors qu’elle est essentielle chez les hommes. A trop vouloir se trouver un travail et une place sur le banc, on a oublié notre métier de base: Force et Conditionnement physique pour le traduire de l’anglais. Mais surtout se réfugier derrière la pseudo spécificité de son sport enseigner par des spécialistes, cela revient à marier les rois et les reines ensembles. Et sans apport nouveau, sans créativité, et avec une rigidité sur les consensus d’entraînements, on ne fait pas avancer son activité. Et dans le haut niveau, si on avance pas, on régresse.

 

Conclusion de Xavier Barbier

Je pense que les 2 visions se défendent. Mais pour avoir une expérience auprès de sportifs de haut-niveau ou pro des différents sports, ma vision se rapproche plus de celle d’Arnaud. Loin de moi l’idée de vous rejouer l’excellent film “le cercle des Poètes disparus” (oh capitaine mon capitaine !), mais je pense que le spécialiste risque d’avoir une vision étriquée, trop centrée sur l’activité, et pas assez sur l’individu (et les points communs avec d’autres sports). Il est parfois bon de prendre du recul et de voir comment font les autres dans d’autres sports, organisations, situations.

Enfin, et pour conclure, les réseaux sociaux libèrent la parole, mais plus rarement le débat constructif et l’intelligence. J’échange et apprends bien plus par email, skype ou en direct avec un collègue, que via les réseaux sociaux ou il est impossible d’échanger sans que cela dérive dans tous les sens. Donc merci à Arnaud Ferec de m’avoir soumis ce texte qui laisse à chacun le temps de développer sa position et ses arguments. Très heureux d’apporter ma modeste contribution au métier de préparateur physique.

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