A lire : “Préparation physique : prophylaxie et performance des qualités athlétiques”

J’ai rencontré Benjamin Del Moral pour la 1ère fois en 2015 à l’occasion d’une formation lors de laquelle il intervenait sur son approche de la prophylaxie et la réduction des risques de blessures.
Ce jour là, je n’avais pas été surpris par sa présentation. Car, pour être honnête, il faut faire un petit retour quelques années en arrière, avant son arrivée au LOU Rugby, c’est-à-dire lorsque Benjamin était préparateur physique au Stade Français Paris Rugby.
Dans la vidéo d’un entraînement, on entendait Benjamin dire aux joueurs “prenez vos mini band. Activation fessiers !”. A cet instant, je me suis dis à moi même “hé bien, je pense que nous lisons les mêmes livres, regardons les même DVDs, bref nous allons dans le même direction”. Les sportives et sportifs ayant eu l’occasion de suivre une de mes programmations/séances savent bien à quel point j’aime activer les fessier, et pas uniquement avec des mini bandes. “L’activation” des fessiers n’étant qu’un terme, parmi tant d’autre, propre à une certaine philosophie de la préparation physique.

Comme Benjamin Del Moral, mon cheminement de préparateur physique m’a mené fin 2008 à prendre un virage vers une approche plus “fonctionnelle”, plus orientée vers le souci de réduire les risques de blessures à l’entraînement et en match, avec pour objectif de prolonger le plus longtemps possible la carrière sportive. C’est à dire toujours plus individualisée et à travers une approche méthodique.

De son expérience théorique et pratique de terrain, Benjamin a publié un livre début 2016 : Préparation physique : prophylaxie et performance des qualités athlétiques
Dans cet article je vais vous expliquer pourquoi il devrait être dans votre bibliothèque.

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MISE EN PAGE
Ce sera peut-être un détail pour certains, mais, comme j’ai eu l’occasion de le dire à Benjamin au téléphone, son livre est sacrément beau et bien mis en page. Les pages sont aérées et un code couleur vous permet d’identifier les thèmes de chaque chapitre. Le livre est vraiment très agréable à lire.

CHEMINEMENT
Depuis mon virage “fonctionnel” de 2008, j’ai souvent subi les regards interrogatifs, curieux et parfois moqueurs. J’ai dû expliquer pourquoi il fallait se baser sur un rapport risques/bénéfices dans le choix des méthodes et des exercices, et pourquoi l’objectif N°1 était de fournir à l’entraîneur des joueurs en pleine possession de leurs moyens physiques si l’on voulait remporter des compétitions.
Le livre de Benjamin Del Moral permettra certainement à certains de se rendre compte de ce qui est fait au niveau de compétition dans lequel évolue Benjamin. En fait, nous sommes de plus en plus nombreux à prendre le virage de l’entraînement “fonctionnel” !

Il dresse également un bilan honnête et humble de son évolution en tant que préparateur physique. Ceci doublé avec un constat que j’ai fait, comme d’autres, lorsque j’étais joueur : pendant longtemps le type de préparation physique dépendait surtout du sport d’origine du préparateur physique, pas de l’individu ni du sport pratiqué.
Et si on se penchait, enfin, sur l’individu, afin d’individualiser la préparation physique ?

ÉVALUATIONS
Un des chapitres les plus intéressants du livre est celui consacré aux évaluations du mouvement fonctionnel. Si Benjamin Del Moral y présente l’évaluation la plus connue, le FMS, il propose également beaucoup d’autres systèmes d’évaluation des capacités fonctionnelles du sportif.
C’est là un des points clés : si vous n’évaluez pas, vous ne faites que deviner.

BASE D’EXERCICES
Plusieurs chapitres sont dévolus aux différents types d’exercices. Toujours avec une approche fonctionnelle, c’est-à-dire l’entraînement de mouvements et de chaînes musculaires, et non pas de muscles.
Vous trouverez donc dans le livre plus de 200 exercices et quelques exemples de plans d’entraînements.
Certains regretteront un nombre d’exercices ou de plans d’entraînement plus important. Cela sera le signe qu’il n’ont finalement rien compris au livre de Benjamin Del Moral. L’important n’est pas l’exercice. L’important est le bon exercice, pour la bonne personne, avec la bonne progression/régression/latéralisation.

PARTAGE
Enfin, si certains font le choix de reprendre des concepts et méthodes à leur compte, sans citer les auteurs originaux, Benjamin donne toutes les références, cite des extraits, la bibliographie. Classe. Vous ressortez de la lecture de “Préparation physique : prophylaxie et performance des qualités athlétiques” avec une liste de lecture encore plus grande.

Pour conclure, je dirais je “Préparation physique : prophylaxie et performance des qualités athlétiques” est un livre que tout préparateur physique devrait posséder, tant il vous permet une plongée dans l’évolution majeure qu’a subie la préparation physique depuis 10 ans, avec l’apport des nouvelles technologies. C’est à ce jour le seul et unique ouvrage en français sur la philosophie de l’entrainement “fonctionnel” portant sur la préparation physique.

Si vous ne savez pas par quel livre commencer votre bibliothèque, “Préparation physique : prophylaxie et performance des qualités athlétiques”, “L’enfant et l’activité physique : De la théorie à la pratique” et la “Bible de la préparation physique” vous permettront à eux 3 de mettre à jour vos connaissances scientifiques et pratiques.

Préparation physique : solutions pour les épaules douloureuses – épisode 6

Nouvel épisode consacré aux problématiques des épaules douloureuses, et largement blessures aux épaules, et aux solutions pour ajuster le programme d’entraînement et pourvoir ainsi participer aux matchs/compétitions au meilleur de sa forme possible.

Si vous faites du sport de compétition, vous savez très bien qu’il arrive de se faire mal ou d’avoir des douleurs chroniques. Dès lors vous être confronté à la problématique suivante : ne plus rien faire et perdre vos qualités physiques puis votre temps de jeu, OU, gérer ses blessures/douleurs par une prise en charge médicale et une préparation physique adaptée à votre capacité du moment.

L’idée principale va être d’éviter d’ajouter du risque sur des douleurs/blessures déjà présentes. Si vous avez mal à la tête, une migraine disons, la solution n’est pas d’aller se taper la tête contre le mur en espérant que cela arrange votre état. Cela n’a pas de sens, n’est-ce pas ?
Même idée avec les douleurs/blessures à l’épaule et, pour aller plus loin, aux bras, coudes, poignets et doigts.

Si vous pratiquer un sport de lutte, de combat ou d’impact vous savez très bien que les douleurs/blessures aux doigts, poignets ou épaules (acromio-claviculaire) sont fréquentes.
Ainsi, les jours suivants le match/compétition, vous êtes bien embêté pour faire certains exercices.
Je vous propose quelques remédiations dans le but, à la fois, d’observer un principe de précaution ET de ne pas stopper complètement certains thèmes de préparation physique .

1/ HALTÉROPHILIE
Les blessures aux poignets ou aux doigts sont très problématiques pour les mouvements d’haltérophilie, lors desquels les poignets sont très sollicités en extension.
La réception de la barre au niveau claviculaire n’est pas non plus envisageable si votre acromio-claviculaire n’a pas récupéré de l’énorme plaquage que vous avez mis le match dernier (note : toujours plus impressionnant dans votre mémoire que sur la vidéo !).
La grande amplitude de l’arraché peut aussi provoquer de la douleur sur l’épaule traumatique.

Solution 1 : Kettlebell swing
Faible sollicitation du poignet et si vous utilisez la version classique, KB niveau des yeux, peu de risques sur l’épaule. Évitez la version Crossfit, avec KB au-dessus de la tête, comme pour l’arraché l’amplitude peut être agressive pour l’épaule.

Solution 2 : Saut avec résistance élastique/pneumatique avec ceinture.
Le plus sécuritaire. Aucune sollicitation des membres supérieurs. Pas d’apprentissage technique. Pas d’excuse.

 

2 / FORCE
Si vous être un grand fan du squat la barre devant n’est pas une option pour la même raison que pour la réception de l’épaule d’haltérophilie. La version barre derrière peut aussi être douloureuse dans certains cas.

Solution 1 : Barre hexagonale
Solution 2 : Exercice unilatéral + haltères
Solution 3 : squat goblet

S’il n’y a pas de problème au niveau poignets/doigts et juste à l’épaule, l’utilisation de la barre hexagonale et d’exercices unilatéraux avec haltères fera votre bonheur.

Solution 4 : exercice unilatéral + gilet lesté + haltères
A l’inverse, si le problème réside dans votre capacité à manipuler avec vos mains une charge importante, pensez à l’option du gilet lesté. Utilisez également des exercices unilatéraux pour réduire la charge à saisir.

 

Solution 5 : résistance élastique/pneumatique avec ceinture
Si épaule et doigts/poignets posent problème, cette solution est la plus sécuritaire.

Solution 6 : gilet lesté + résistance élastique/pneumatique avec ceinture
Si l’épaule n’est pas douloureuse et que le problème est au niveau de la main, vous pouvez utiliser cette solution 2 en 1. Que du bonheur !

3/ GAINAGE

Les exercices de planche peuvent aussi provoquer une douleur.

Solution : utilisez des cables/élastique

Le principe du gainage est d’appliquer une force sur le système (le corps) et lui demander de rester indéformable. Utiliser des câbles/élastiques vous permet de faire cela sans appliquer une contrainte douloureuse sur l’épaule.

 

Vous l’aurez compris, il n’y a pas de problème, que des solutions !

Conseils réduction des risques de blessures – Episode 5

Quelques conseils préparation physique, réathlétisation et entrainement : réduction des risques de blessures

1/ Si l’explication est trop compliquée, c’est que la personne ne maîtrise pas le sujet ou cherche à vous enfumer avec des méthodes miracles.

Les bons entraîneurs donnent des consignes claires, simples et rapidement applicables.

En fait, donner des consignes à chaque répétition d’un exercice serait même nuisible à l’apprentissage des mouvements.

En tant que sportif, vous n’avez pas besoin de comprendre l’ensemble de la science derrière ce que vous demande l’entraîneur.

L’équation est simple : plus l’entraîneur parle, moins vous pratiquez l’exercice.

Plus vous pratiquez l’exercice, puis votre compétence augmente.

Plus la vitesse d’exécution est rapide, plus cela est vrai ! La vitesse multidirectionnelle en est le plus bel exemple !

vitesse-handball

 

2/ Comment la réduction des risques de blessures à l’entraînement et en compétition ne peut pas être l’objectif n°1 ?

Le contenu de préparation physique n’est pas l’objectif final. Même s’il résulte toujours un certain inconfort lors de l’entraînement, si vous avez mal, ne faites pas l’exercice. Il y a une nette différence en douleur et inconfort.

L’objectif final est la compétition.

Mettre en place une stratégie de réduction des risques de blessures ne changer par radicalement le programme d’entrainement et de préparation physique. Mais il impose de mesurer le rapport risques/bénéfices et pose la question du chemin choisit pour arriver aux objectifs que vous avez fixés.

3/ Nombre de sportifs expérimentés ET blessés, expliquent “avoir fait n’importe quoi étant jeune”

Il n’y a pas plus fort témoignage de l’importance d’une approche à long terme dans le développement des qualités physiques et dans la réduction des risques de blessures. Etes-vous certain de vouloir commencer la musculation avec un mouvement comme celui-ci :

squat genou valgus

 

4/ Le squat goblet devrait être le tout premier exercice utilisé pour le renforcement des membres inférieurs.

Le squat goblet permet de corriger avec peu de consignes le placement du dos et le comportement des genoux sur le schéma d’accroupissement (squat).

Le poids en avant du corps aide à conserver l’alignement du dos.

Descendre les coudes à l’intérieur des genoux empêche le valgum des genoux.

Pas besoin de beaucoup de coaching ou de matériel.

Le retour au sport après reconstruction du ligament croisé antérieur

L’article d’aujourd’hui est celui d’un ancien adversaire, stagiaire, collègue, Frederick Henderson. 

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Bonjour à tous et merci beaucoup à Xavier de me faire une petite place sur son blog pour vous parler d’un projet qui me tient à cœur : le retour au sport après une reconstruction du ligament croisé antérieur (LCA).

La rupture du LCA est une blessure relativement fréquente dans de nombreux sports : ski, football, volley, rugby. Plus de 30 000 ligamentoplasties du LCA sont réalisées tous les ans en France.

Beaucoup de ces ruptures ont lieu au ski et la première station de ski étant l’Île-de-France, les 2/3 de ces blessures touchent des Franciliens.

La chirurgie reste la meilleure solution pour beaucoup. C’est une blessure du sport et si vous

souhaitez reprendre le sport vous aurez besoin de remplacer le ligament rompu. Le LCA empêche le tibia de partir vers l’avant et maintient le genou en place lors des actions de pivot.

Chaque blessure est unique et peut présenter différentes lésions additionnelles comme un ménisque latéral endommagé ou des lésions au cartilage du condyle latéral – la plus à l’extérieur des 2 boules d’os au bout du fémur. Le but de la chirurgie est de récupérer un genou stable. Sur la translation antérieure du plateau tibial, le problème est généralement réglé. Sur le pivot du genou, ce n’est pas toujours parfait.

Je vous épargnerai le détail des différents types de chirurgie et l’ensemble des problèmes à régler mais sachez que la rupture du LCA est une blessure complexe. Imaginez seulement l’impact que la disparition du nerf qui traverse le ligament rompu peut avoir sur le contrôle de l’articulation. C’est une blessure fréquente mais loin d’être anodine.

La réalité du retour au sport après une reconstruction du LCA est qu’elle n’est jamais garantie.

Néanmoins les chances de succès peuvent être améliorées par un travail adapté. Actuellement, l’opération du LCA et le protocole de rééducation sont plutôt bien renseignés dans la littérature scientifique. Avec l’aide d’un bon kiné, de nombreux déficits sont résolus. Au-delà des 24 semaines protocolaires de rééducation, vous êtes dans l’inconnu. Or il s’agit d’une période charnière pour le sportif qui souhaite retrouver puis dépasser son niveau de performance antérieur.

De nombreux problèmes d’asymétrie autour du genou et entre les 2 jambes demeurent. Il faut attendre près d’un an pour récupérer son niveau de puissance musculaire malgré que les niveaux de force puissent être normaux à 6 mois.

Le secret d’un retour réussi se situe à mi-chemin entre la thérapie et la préparation physique.

Actuellement, ce manque est en partie comblé par les masseurs kinésithérapeutes.

Malheureusement, ce choix repose plus sur des considérations financières qu’autre chose – le remboursement par la sécurité sociale. De l’aveu même des chirurgiens et médecins avec qui je me suis entretenu, ce n’est assez efficace. De même qu’un kiné n’est pas préparateur physique, un préparateur physique n’est pas kiné. Les deux sont néanmoins complémentaires. Il est utopique de croire que l’un puisse faire le travail de l’autre mais c’est un débat pour une autre fois.

Un retour au sport doit se voir comme une check list de tâches à accomplir. Elle est en partie indépendante du temps d’ailleurs : ça n’ira pas mieux en attendant. Parmi ces tâches, les kinés peuvent en résoudre une partie – comme ils l’ont fait durant la phase de rééducation. Néanmoins, le développement de la vitesse, la puissance et l’agilité sont des tâches qui incombent au préparateur physique. Les outils à employer comme la musculation, l’adaptation de mouvements d’haltérophilie, la plyométrie et ce mot inutilement pompeux d’ « entraînement neuro-musculaire » sont le quotidien de tout préparateur physique qui se respecte.

Le défi du retour au sport doit placer l’athlète au centre du projet. Chacun apporte ses compétences, peu importe son étiquette, au service du sportif. Il y a ici un nouveau savoir faire à développer.

Étant donné la complexité du chantier, ce ne peut pas être l’œuvre d’un seul professionnel. Dans cette optique, je pense qu’il est aux préparateurs physiques d’élever leur niveau de compétence et d’exigence comme j’ai pu le faire au cours des dernières années. Cela passe impérativement par une éducation scientifique poussée car le milieu du médical est autrement plus exigeant et rigoureux que celui de la prépa physique où perdurent encore de trop nombreux mythes, modes et « recettes ».

 

Pour plus d’informations sur le retour au sport après reconstruction du ligament croisé antérieur visitez www.retourausport.fr

 

A propos de l’auteur

Frederick Henderson est titulaire d’un Master en Sciences du Sport mention Entraînement, Biologie, Santé et Nutrition (Université Paris V) et certifié NSCA. Il dispose d’une expérience de l’entrainement en France et au Canada.

Retrouvez le sur www.hendersoninfo.net

 

Voir votre entraînement comme un médicament

L’exercice physique a une connotation positive. On lui confère un impact positif sur la santé, la réduction des douleurs et les performances sportives.

Pour certains il est possible de voir l’exercice physique comme un médicament. Un remède pour une meilleure santé, moins de douleurs physiques et de meilleures performances sportives.

Si l’on considère l’exercice physique comme un médicament, il faut, comme pour ce dernier, aller jusqu’au bout de la logique.

 

1/ L’exercice physique / le médicament a un impact positif, des effets attendus

Si vous mettez en place des exercices pour le développement de la force ou de la technique, vous vous attendez à des améliorations de la force ou de la technique.

Vous prenez votre médicament/exercice et espérez des résultats.

 

2/ L’exercice physique / le médicament présente un seuil d’efficacité

Au-delà d’une certaine quantité de cet exercice / médicament, toute dose supplémentaire n’apportera pas forcément plus d’effets positif.

L’exemple le plus frappant pour la force ou la vitesse, où au-delà d’un certain volume  (temps sous tension ou nombre de répétitions dans la séance) ou d’une certaine intensité (dégradation du temps sur la même distance de course), il n’y a pas d’effets positifs à poursuivre la séance.

 

3/ L’exercice physique / le médicament a des effets indésirables

Autrement dit, tout exercice physique / médicament n’est pas bon pour tout le monde tout le temps (vous ne lisez jamais la notice de votre médicament !!??). Exemple avec une méthode très à la mode actuellement :  l’entraînement par intervalles à haute intensité (HIIT en anglais). Oui il y a des effets positifs à cette méthode. Mais également des effets indésirables. Exemple avec HIIT via des sprints, qui, pour le débutant ou le sportif en reprise, permettrait d’améliorer rapidement les performances, mais ne serait pas bon pour la santé à long terme (Larsen 2016).

 

4/ Il y a des mélanges d’exercice physique / de médicament à éviter

Vous ne saviez pas qu’il ne fallait pas mélanger certains médicaments entre eux ? Vous ne lisez décidément jamais la notice !

C’est la même chose pour l’exercice physique. Hormis chez le débutant ou la personne dés-entraînée, pour lesquels tout ou presque permet d’améliorer les performances sportives, certains mélanges sont plutôt à éviter chez le sportif plus expérimenté.

Trop d’exercices énergétiques à dominante aérobie dans la semaine a un impact négatif sur le développement de la force musculaire.

Un exercice énergétique à dominante aérobie trop proche d’une séance de développement de la force musculaire a un impact négatif sur celle-ci (Fyfe 2014).

 

Tous les exercices et toutes leurs méthodes ont leurs avantages et leurs inconvénients. Il n’y a pas de solution miracle. Votre entrainement doit s’adapter à vos besoins.

 

Parents de jeune sportif, votre enfant a-t-il besoin d’un préparateur physique

Outre-Atlantique, cela fait des années que des programmes d’entraînement et de préparation physique à l’intention des jeunes sportifs (collège et lycée) se sont développés dans des structures privées externes aux équipes.

En France, tous les acteurs du monde sportif peuvent constater que ce secteur est en plein développement. L’offre de préparateurs physiques et de coachs sportifs pour les jeunes, parfois très jeunes (dès 11 ans), est en expansion.

Avec un recrutement de plus en plus jeune, certains parents pensent donner toutes les chances à leur enfant en faisant appel à un professionnel des qualités physiques. Je suis un père moi aussi et je dois bien avouer que je trouve la démarche légitime.

Mais je suis aussi un préparateur physique depuis plus de 10 ans avec une expérience du parcours d’excellence sportive, anciennement appelée filière d’accès au haut-niveau, dans 3 structures et dans 2 sports différents, et j’échange régulièrement avec d’autres préparateurs physiques qui interviennent auprès des jeunes sportifs dans différents sports.

C’est pourquoi, si vous êtes parent d’un jeune sportif et pensez faire appel à un préparateur physique pour votre enfant, je pense pouvoir vous aider dans votre réflexion.

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Le constat ?

Allons directement aux faits : les jeunes français pratiquent de moins en moins d’activité physique et sportive. Certains préparateurs physiques, entraîneurs et professeurs d’EPS qui ont l’opportunité de rester sur les mêmes structures, club et pôle, pendant 10 ans vous parleront de régression.

Impossible d’en vouloir aux professeurs des écoles et aux enseignants d’éducation physique et sportive (EPS). Leur rôle n’est pas de faire émerger les futurs athlètes de haut-niveau et on leur demande déjà beaucoup dans l’école actuelle. De plus ce n’est pas avez le maigre temps dévolu aux activités physique et sportives qu’il peuvent faire quelques chose.

Dans les clubs, tout d’abord, le temps d’entraînement dédié au développement des compétences physiques est ridicule, à quelques exception prêt (sport et club). 15 jours de physique (hum hum !) lors de la reprise, des pompes en punition pendant l’entraînement et des “suicides” (super nom pour un exercice) en fin de séance, quand il y a le temps.

Les entraîneurs de jeunes ne sont pas formés pour prendre en charge de développement athlétique des jeunes sportifs. De surcroît, les entraîneurs sur les catégories de jeunes sont souvent les débutants, et donc inexpérimentés. Enfin, combien de clubs bénéficient de l’apport d’un préparateur physique pour les plus jeunes ? Au moins pour la planification à long terme des compétences physiques en coordination avec la planification à long terme de compétences technico-tactique. Réponse : une extrême rareté.

Ensuite, les enfants veulent jouer, les dirigeants veulent des licenciés, donc l’entraîneur est tenté de faire beaucoup de situations de jeu correspondant à la compétition. Il n’y a pas tant de temps que cela pour préparer une équipe à la saison.

Parfois les dirigeants veulent aussi des résultats. Je connais un entraîneur de basket auquel on a reproché le manque de résultats… En U11 (poussins).

Impossible d’en vouloir à grand monde. Plus le club a de licenciés et de résultats, plus le club aura de reconnaissance et de soutien des partenaires publics et privés.

Pas de jugement de valeur ici, mais juste un constat sur le fonctionnement du système pour nos jeunes sportifs.

Ce fonctionnement arrive t-il à former des bons sportifs et des adultes en bonne santé ?

Ce fonctionnement est-il suffisant ? Je répondrais globalement que non.

Sinon certaines fédérations/clubs ne proposeraient pas un programme de préparation physique l’année AVANT l’entrée en pôle ou en centre de formation et de réaliser en plus des entraînements avec le club.

Sinon certains préparateurs physiques ne seraient pas obligés de revoir à la baisse leurs exigences lors des arrivées en pôle ou lors de la montée dans la catégorie d’âge supérieure.  

Ok. Le constat est là, mais moi parent, je fais quoi pour mon enfant ?

 

La première option est de lui faire pratiquer différentes activités physiques.

 

La spécialisation dans un sport ne devrait commencer qu’à partir de 14 ans environ. Il n’y a pas d’intérêt avant. Au contraire. La pratique intensive d’un sport, pendant toute l’année, et l’exposition accrue à la compétition dans celui-ci augmenteraient le risque de blessure chez les adolescents (Olsen 2006).

Il est même bénéfique pour les jeunes sportifs d’être exposés à un grand nombre d’activités physiques.

 

 

Autrement dit, vous pouvez réduire les risques pour la santé de votre enfant et conserver son potentiel, et sa motivation, lorsque sera venu le temps de se spécialiser dans un sport en particulier.

Le choix d’un sport très différent est préférable.

 

Option 2 : demander de l’aide

 

Comme je vous le disais précédemment, en tant que père et professionnel de la préparation physique, je ne peux pas vous jeter la pierre si vous souhaitez faire appel à un préparateur physique pour accompagner votre enfant et compléter le travail réalisé avec le club.

Laissez-moi donc vous donner quelques conseils pour bien choisir la personne à qui confier votre enfant.

 

1/ Soyez regardant sur les diplômes, la formation et l’expérience. Le savoir faire n’est pas le savoir enseigner. Une expérience de joueur, même à haut-niveau, n’est pas une garantie. Pensez aux enseignants : même s’ils excellent dans leur matière, ils sont aussi formés à la pédagogie.

 

2/ S’il est sur les réseaux sociaux, regardez comment il se comporte et communique. Voulez-vous de cet adulte en relation avec votre enfant ? Quelle image donne-t-il du monde sportif ? Donne-t-il un exemple à suivre ?

 

3/ Si vous échangez avec lui, s’informe-t-il du planning des entraînements ET de l’organisation scolaire ? Je suis intervenu pendant plusieurs années auprès de sportifs avec entraînements quotidiens (voir biquotidiens). Le problème n’est pas le manque de temps. Le problème est un manque d’organisation. Soyez attentifs s’il ne parle que de ses entraînements et pas de l’intégration au planning global.

 

4/ Vérifiez qu’il maîtrise le modèle de développement à long terme de l’athlète. Le modèle de Développement à Long Terme de l’Athlète (DLTA) est un modèle de développement en sept stades, intégrant l’entraînement, la compétition et la récupération. Il donne des recommandations sur les périodes les plus propices au développement de certaines habilités, compétences et qualités physiques. Il donne une hiérarchisation d’étapes et de pré-requis sur une formation à long terme.

Application concrète : une des fenêtres optimales pour le développement de la vitesse chez les adolescent est 13-16 ans, fuyez si celui-ci vous parle que de développer la vitesse spécifique pour votre fils de 11ans.

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5/ Appréciez si son travail s’inscrit dans un développement à long terme de votre enfant. Notamment par son intérêt pour les compétences physiques fondamentales, et non pas les compétences spécifiques. Plus l’enfant est jeune, plus l’objectif doit être la maîtrise des compétences fondamentales.

 

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Application concrète : méfiance s’il ne vous parle que de spécifique, d’exercices avec ballons.

 

6/ Préférez les séances semi-privées ou en petits groupes. Il n’y a aucun intérêt aux séances individuelles ou de coaching personnel. Avoir quelqu’un derrière vous constamment n’est pas la garantie de mieux apprendre l’exécution correcte des exercices. Le développement de l’autonomie et de la responsabilité, ainsi que l’appropriation du processus d’entraînement “hors-terrain” ou en dehors du sport pratiqué fait partie de la formation du jeune sportif.

Ne payez pas quelqu’un pour compter les répétitions, hurler pour “motiver”, dire “c’est bien” et donner la gourde d’eau.

Un bon préparateur physique, un bon coach en général, donne des consignes claires, précises et concises.

Ce n’est pas un spectacle.

 

7/ Méfiez-vous s’il y a des tests physiques d’entrée ou de sélection. Veillez alors à ce que le contenu des séances avec votre enfant s’inscrit bien dans le DLTA, et non pas dans la recherche de performance sur ces tests. C’est bien la capacité de votre enfant à pratiquer un sport qui est recherchée. Les qualités physiques sont en soutien. Donc l’objectif n’est pas de faire telle performance sur tel test. Votre enfant n’est pas un “poulain” à partir duquel on peut se faire une réputation de préparateur physique. De plus une telle approche peut rapidement mener à des mauvais et dangereux choix d’exercices et de méthodes.

Si tout est fait correctement selon le DLTA, les performances physiques de votre enfant s’amélioreront, mais ce n’est pas l’objectif principal. L’objectif principal est de développer les bonnes compétences physiques, au bon âge, pour une pratique sportive au plus haut-niveau possible le plus longtemps possible.

 

8/ Le meilleur pour la fin : la phrase de vente “vous avez AB-SO-LU-MENT besoin d’un préparateur physique personnel pour que votre enfant de 12 ans arrive au plus haut-niveau. Ce n’est pas possible sans”.
Vous avez affaire à un commercial, pas un professionnel de l’entrainement. Plus d’entrainement n’est pas mieux. Un meilleur entrainement est mieux.

 

J’espère que ces quelques lignes pourront vous aider si vous êtes parent d’un jeune sportif et que vous souhaitez l’aider.

Comment détruire votre dos, vos épaules et coudes avec une barre guidée et un banc

En préparation physique, les règles devraient être simples :

aucun équipement n’est interdit,

aucun exercice n’est interdit,

aucun équipement n’est obligatoire,

aucun exercice n’est obligatoire.

 

Tout dépend de l’utilisation, du contexte et de la personne. La musculation comme outil de préparation physique n ‘y fait pas exception.

En musculation les barres guidées sont souvent présentées comme moins dangereuses que les barrer libres. Certainement car la barre est facile à contrôler car il n’y a qu’un seul mouvement possible de haut en bas (et permet de mettre beaucoup plus de poids).

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C’est donc un équipement qui peut parfois, dans certains cas, correspondre à un besoin bien spécifique.

La barre guidée est souvent utilisée pour un exercice de développé épaule (ou militaire). C’est un exercice de poussée verticale qui sollicite principalement triceps, deltoïde, trapèze et pectoraux.

Le gros problème de cet exercice est qu’il ne permet pas à l’épaule de respecter le rythme scapulo-huméral en coordination avec les mouvement thoracique.

rythme scapulo humeralPour bien comprendre comment fonctionne votre épaule il faut imaginer un orchestre avec de nombreux instruments de musique. Chaque instrument doit jouer à un moment bien précis selon la partition. Utiliser une barre guidée, encore plus avec un banc, c’est comme empêcher de jouer certains instruments de l’orchestre quand ils le devraient.

Le rythme des mouvements thoracique, scapulaire et huméral est un rythme fixe en lien les uns avec les autres.

  • Utiliser le banc restreint les mouvements au niveau thoracique.
  • Utiliser une barre guidée impose le placement du bras et du coude.
  • Utiliser une barre guidée ne tient pas compte des asymétries entre épaule droite et épaule gauche.

Au final vous verrouillez certaines positions, et forcez votre épaule à compenser sur d’autres articulations. Augmentant ainsi vos risques de blessures à long terme.

Pour le développé militaire, si le coude n’est pas à la verticale de la barre, vous créez un stress important au niveau des ligaments du coude. Ligaments déjà bien sollicité dans les sports de lancer par exemple.

Pour arriver à positionner le coude en dessous de la barre, l’autre compensation est de chercher plus d’extension thoracique. Dommage car le banc dans le dos vous empêche de faire cela. C’est donc au niveau en dessous, lombaire, que la compensation s’observe ensuite. La courbure lombaire s’accentue plaçant un stress plus important sur les vertèbres et disques intervertébraux (exemple ci dessous avec la version haltères).

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Notez combien de fois le banc recule – il est le seul à pouvoir bouger, ne comptez pas sur le rack- preuve que la poussée n’est pas verticale.

Votre corps cherche tout simplement le meilleur moyen de répondre à la demande (poussée verticale), malgré les verrous que vous lui imposez. Ce moyen est d’aligner la charge avec le centre de gravité (ici pensez l’axe de la colonne vertébrale). Impossible avec un barre guidée et un banc. Les compensations n’en sont que la conséquence.

Utiliser une barre guidée pour le développé épaule (ou militaire) n’est pas une option si vous présentez des douleurs à l’épaule ou au dos (et que vous ne voulez pas en avoir), ou que vous pratiquez un sport de lancer.

Vous n’êtes ni un robot, ni un playmobil. Votre corps est fait pour bouger librement. Laissez-le faire, il trouvera un chemin. Évitez juste de lui compliquer la tâche avec une mauvaise sélection d’exercices. 

Conseils réduction des risques de blessures – Episode 4

3 simples conseils de base, mais très souvent mis de coté, pour une préparation physique plus efficace :

1/ Avoir une planification

“Ne pas prévoir, c’est déjà gémir”

Mettre en place une plan / une programmation annuelle, mensuelle, hebdomadaire.

Définissez les objectifs, les compétitions importantes et préparez au maximum ce que vous allez faire pendant vos séances.

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2/ Suivre son état de forme

Il existe de nombreuses méthodes de suivi de l’état de forme (questionnaire, FC, détente, grip, HRV…). Subjectif ou objectif, peu importe le moyen, vous devez être constant  sur le long terme dans l’utilisation de cet outil. Ne changez pas de thermomètre toutes les semaines. Cela vous aidera à apprécier plus précisément votre état de forme du moment.

 

3/ Adapter selon les points #1 et #2

Si vous constatez que votre état de forme du moment ne correspond pas au programme prévu ce jour, il n’y a qu’une seule solution : adapter la séance.

Il faut ici penser en terme de fenêtre d’entrainabilité. Chaque séance est une opportunité pour vous de développer ou maintenir vos qualités physiques.

Les solutions sont nombreuses : difficulté de la séance, équilibre entre les différentes qualités physiques, le choix des exercices.

Exemple concret que je rencontre souvent avec les sportifs dont je m’occupe : vous avez des douleurs musculaires suite à la dernière séance/compétition et votre niveau de forme est bas.

Face à cela vous pouvez :

– ajouter des exercices préparatoires pour diminuer ces sensations

– diminuer la difficulté de la séance

– choisir une méthode moins avancée que prévue mais restant dans le thème de la séance

– choisir des exercices moins propices à déclencher ces douleurs pendant la séance, puis aggraver des sensations (pas idéal s’il y a une compétition dans les prochains jours)

– modifier les tempo des exercices de musculation, s’il y en a, afin de réduire la partie excentrique.

– ajuster le charges/résistance utilisées pour les exercices

– permettre plus de récupération entre les exercices

– etc.

 

Bref en un mot : s’adapter.

Impossible cependant sans les points #1 et #2. C’est aussi à ce moment bien précis qu’il est important d’être supervisé. Car il faut faire les choix les plus efficaces, pas les plus faciles ou préférés.

Pourquoi votre programme spécial détente verticale est une escroquerie

La corrélation entre performance lors d’un test de détente verticale et les performances de vitesse (changement de direction et agilité réactive), ainsi que les performances dans le jeu sur le terrain est loin d’être certaine. Ce n’est pas parce que vous sautez haut lors d’un test de détente verticale que vous allez automatiquement être rapide ou performant dans le jeu. Non, non, n’essayez pas de faire un raccourci, de me dire que c’est évident que si et que pourtant blablablabla…. ! Trouvez-moi des faits prouvés (comprendre études scientifiques), entre les tests de détente verticale et des situations de vitesse multidirectionnelle réactive (j’insiste sur le réactif !!). Bonne chance !

vertical-jump

Malgré tout, les sportifs ont toujours voulu impressionner les entraîneurs. Surtout lors des tests physiques. Surtout car l’entraîneur décide qui est sur le terrain, ou pas. Donc quand l’entraîneur fait des tests, il faut être bon dans les tests. C’est pourquoi de nombreux joueurs cherchent à améliorer leur détente verticale. Vous pouvez ainsi trouver et télécharger de nombreux programmes d’entraînement “spécial détente” déjà tout prêts. C’est magique, il n’y a qu’a suivre le programme !

Tellement magique que c’est comme croire au Père-noel !

Le profil Force-vitesse, est une mesure de vos qualités musculaires. C’est-a-dire, savoir si vous êtes plus efficace pour produire un haut niveau de force (à vitesse lente), une vitesse élevée (à faible force), ou bien avec un profil “équilibré”.

Quel lien avec la détente verticale ? Simple : il existe un profil Force-vitesse optimal théorique qui vous permet de sauter le plus haut possible.

Si vous ne connaissez pas votre profil, vous ne pouvez pas le comparer avec le profil optimal théorique et donc vous ne pouvez pas savoir ce qu’il vous faut travailler : force ou vitesse ?

Prenons un cas concret avec le graphique ci-dessous, une mesure d’un profil F-v.

profil force vitesse

Un déficit de force maximale (à gauche) est identifié en comparaison avec le profil optimal théorique. Si le programme propose principalement des efforts à haute vitesse (vers la droite), ou de puissance (au milieu), ou un peu de tout, votre entrainement ne sera pas le plus efficace possible. Voir pas efficace du tout.

Cela veux dire que vos exercices de pliometrie tout mignons ou votre beau cycle de stato-dynamique n’aura pas d’effet positif sur votre détente.

Donc, comment un programme “spécial détente” tout prêt à télécharger peut-il correspondre à votre besoin et être efficace ? Réponse : la chance, le hasard.

Outre la question du profil F-v, comment faire des recommandations sur les exercices à utiliser sans rien connaître de l’historique des blessures, douleurs, ou bien encore de la période dans l’année et du planning des compétitions ?

C’est comme vouloir un diagnostique du médecin, mais sans RDV. “Vous avez mal à la tête ? Mettez cette pommade anti-inflammatoire sur votre genou. Ça va peut-être faire effet !”.

Les sportifs sérieux connaissent l’importance des évaluations et de l’individualisation de l’entraînement qui doivent en découler.

 

Le débat de la spécialisation des préparateurs physiques

Depuis une quinzaine d’année on assiste à une spécialisation par sport des préparateurs physiques (voir une hyper spécialisation des rôles une fois la barrière des sports passée).

Rares sont les PP avec le label multisport. Certes, nous avons Fred Aubert au sein de la FF de football qui est passé par le basket, le badminton et le rugby qui fait office de robinson tant il semble unique. Le débat entre ceux qui prônent la spécialisation et ceux qui pensent défendent une horizontalité de la profession de préparateurs physiques.

L’idée de ce billet est donc de faire une revue des arguments de nos 2 participants qui proposent de définir leur point de vue sur la profession de PP et la formation de ceux-ci.

Stéphane Morin
PhD, enseignant UFR STAPS Nantes, chercheur associé, co-fondateur de TrainingLoad Pro – www.trainingloadpro.com

Je fais souvent le parallèle PP “généraliste” / PP “spécialiste” avec médecin “généraliste” /médecin “spécialiste”. Ils ne s’opposent pas. Ils sont complémentaires.

L’un est polyvalent, travaille avec toutes sortes de sportifs (du jeune au moins jeune) et gère des niveaux de condition physique variés. Le “généraliste” par définition, doit avoir des compétences très étendues pour dépister les points forts et les points faibles de ses sportifs et proposer les exercices adaptés.

L’autre est spécialiste de l’activité. Il a une connaissance très approfondie de son sport. Il maîtrise avant tout les versants techniques et tactiques. En ce sens il doit être un entraîneur. Mais il doit aussi maîtriser aussi les aspects biologiques, physiologiques, psychologiques, psychologiques et sociologiques, comme les technologies utilisées dans son sport.

Le PP “spécialiste” maîtrise les codes culturels de son sport, leurs évolutions. Cela continue à légitimer leur crédibilité auprès sportifs avec lesquels ils travaillent.

Le PP “généraliste” a pour vocation principale de s’occuper des sportifs non experts, non professionnels, mais aussi de thématiques « généralistes » (e.g. : planification de l’entrainement…).

Le PP “spécialiste” a pour vocation de s’occuper des sportifs experts, professionnels.

Ce qui les différencie principalement, c’est la connaissance de l’activité qui confère la capacité à pouvoir analyser l’activité, à la comprendre pour mieux identifier les origines réelles des succès et des échecs. A ne pas s’arrêter aux évidences.

Des années de pratique au contact de sportifs experts, professionnels lui permettent d’enrichir ses connaissances de l’activité. Les nombreux échanges avec les pairs suscitent le doute méthodique. Sa passion pour son sport le poussera souvent à étudier, se former sur tout ce qui pourrait contribuer à améliorer le niveau de performance de ses sportifs.

Le PP “généraliste” ne pourra consacrer autant de temps à mieux connaître tous les sports des sportifs dont il a la charge. Une semaine ne contient que sept jours.

Le danger majeur pour le PP “généraliste” ? Faire un prêt-à-porter, c’est-à-dire, tendre à proposer toujours les mêmes contenus quels que soient les sportifs, alors que des sportifs professionnels imposent de la “haute couture”, du “sur-mesure”.

Le danger majeur pour le PP “spécialiste” ? Croire que son expérience lui donne les clés du succès, ne pas comprendre que tout évolue, que le niveau de compétence des sportifs experts évolue vite, très vite, d’une semaine sur l’autre, dans un sens comme dans un autre et qu’il doit tout recommencer à chaque fois.

L’un n’est pas supérieur à l’autre. Ils font deux métiers qui portent le même nom, mais dans des contextes différents. Les fédérations ne s’y sont pas trompées à former leurs propres PP “spécialistes”. Ils sont, ils doivent avant tout être des entraîneurs. Ces PP ont une vision souvent technocentrée.

Les PP “généralistes” sont le plus souvent formés à l’université.

Aux uns on reproche le manque de connaissances scientifiques, aux autres on reproche le manque de connaissances techniques et tactiques. Pour les deux, on est souvent dans la caricature. Ces PP ont souvent une vision physio-centrée.

En ce sens généraliste et spécialiste renvoient à la connaissance de l’APS.

Il existe bien sûr des PP qui ont cette double formation.

Ce qui fait qu’on est l’un ou l’autre, c’est peut-être le temps que l’on consacre à son sport et le niveau des sportifs auxquels on s’adresse.

Les deux ont néanmoins pour caractéristique commune d’être des personnes de terrain. Ils sont en contact direct avec les sportifs.

Un PP “spécialiste” ce n’est pas un PP qui écrit un livre, ou fait des articles scientifiques, ou intervient en colloque. Il peut le faire pour partager ses connaissances, mais il doit rester avant tout un entraîneur au sens premier du terme. C’est là qu’est sa place. C’est un artiste.

Un PP “généraliste” n’est pas un incompétent qui n’arrive pas à être un PP “spécialiste”. C’est un spécialiste du “transversal”, de la thématique plus que du sport. Il doit pouvoir dans une même semaine intervenir sur des nageurs, des athlètes, des cyclistes etc. C’est-à-dire maîtriser les “fondamentaux” de différents types de motricité, de physiologie etc. C’est un artisan.

En ce sens, ils sont donc tous les deux des spécialistes : l’un dans un sens vertical, l’autre dans un sens horizontal.

Rien n’empêche évidemment à l’un de devenir l’autre et à l’autre de devenir l’un. C’est simplement un problème de motivation et de formation.

Personnellement, j’ai autant d’admiration pour l’un que pour l’autre. En tant que professeur d’EPS, je n’ai jamais considéré que j’avais moins de mérite qu’un entraîneur professionnel.  En tant qu’enseignant et chercheur à l’université, je n’ai pas plus de mérite qu’un enseignant en collège. Je fais un autre métier. Lorsque j’étais PP en clubs de football pros, je ne considérais pas être un PP “spécialiste” car je n’avais pas de diplôme d’entraineur de football. J’étais donc plus un PP “généraliste” spécialiste des processus d’amélioration de la performance.  Ne pas connaître parfaitement le football était un handicap. C’est pour cela que je travaille maintenant toujours en équipe et que je me considère beaucoup plus comme un “responsable de la performance” au service des entraineurs.

Quand j’entrainais des athlètes de haut niveau, j’étais par contre un entraîneur-PP “spécialiste”. Avoir eu toutes ses étiquettes m’a permis de mieux cerner les rôles, les demandes et les missions de chacun, sachant qu’elles ne sont ni fixes ni clairement délimitées, mais évolutives et floues.

Mais, à mon avis, ce qui pose le plus de problèmes, c’est le terme “préparateur physique” et les connotations qui y sont associées. Aujourd’hui cela ne veut plus rien dire. On oppose trop PP à entraîneur. Pourtant un PP est aussi un entraîneur. S’il n’est pas reconnu à juste titre, c’est sans doute à cause de cela. Le droit du sport français reconnaît les statuts de sportif, de dirigeant, de juge, d’entraineur. Mais pas de PP ni de PM.

Ne soyons pas naïfs également. Certains veulent avoir l’étiquette PP “spécialiste” pour satisfaire leur égo. Et chez certains il est surdimensionné. Les réseaux sociaux sont de ce point de vue des prismes très déformants. Les enjeux économiques sont aussi à prendre en compte. Beaucoup de PP ne vivent pas de leur métier. C’est la course aux clients. Se revendiquer “spécialiste” leur fait croire qu’ils pourront trouver plus facilement du travail, des contrats. Ils oublient trop souvent que c’est la compétence que les clients recherchent. Être pérenne dans ce métier, c’est déjà par certains côtés un gage de compétence.

Je ne parlerai pas des PP “multitâches”. Ceux qui savent tout faire, du terrain jusqu’au laboratoire scientifique, qui souvent prêche la bonne parole, qu’on découvre “spécialiste” de nutrition, de mentale, d’une molécule hyper vitale, d’un détail physiologique hyper incontournable, d’un gène, sans formation ni diplôme reconnus, ou alors avec des diplômes et formations sans rapport avec leur “expertise”, voire même sans expérience. Ceux-là, je les admire. Ils revendiquent souvent être autodidactes, sont très critiques vis-à-vis des systèmes de formation établis et ont une capacité à échanger assez limitée. Leurs remarques et critiques semblent promouvoir une certaine anarchie puisqu’ils dénigrent systématiquement le “système”. Ce qui est paradoxal, c’est de revendiquer une légitimité officielle sans cadre de références. On a vu ce que cela donnait avec les ostéopathes. Ils m’impressionnent donc trop pour que j’en parle. Ce sont les nouveaux “dieux” de la PP.

La réathlétisation/réentrainement ? Là aussi il y a des PP “généralistes” et des PP “spécialistes”. Mais on est dans un cadre légal ambigu.

Le problème majeur reste que les “pros” PP “généralistes” ont souvent tendance à raisonner en méthodes, en idéologies, en doctrines plutôt qu’en lois, en règles, en principes.

Ce serait nier la différence entre la technique et le style. L’un est l’ensemble des comportements généralisables, l’autre est la personnalisation de ces comportements. Il ne faut pas les opposer. L’un n’existe pas sans l’autre. L’un évolue avec l’autre.

La motricité humaine a ainsi des principes communs, qu’elle soit aquatique ou terrestre : l’amplitude, la fréquence, le temps de contact, le temps d’envol. Mais la motricité d’un joueur de sport collectif de salle a des différences importantes avec la motricité d’un joueur de sport collectif d’extérieur. La nature du terrain influence énormément le temps d’appuis, la surface du pied en contact avec le sol et donc la nature et la séquence des contractions musculaires. Combien de PP “généralistes” sont venus de l’athlétisme pour aller dans le football et ne l’ont pas compris. On les a vu reproduire les mêmes exercices de terrain, de musculation. Par exemple, la phase de production de vitesse est différente. Mais ont-ils réellement compris que le footballeur ne cherche pas à produire une vitesse maximale comme un sprinter sur une piste d’athlétisme ? Que les jambes qui lui servent à se déplacer sont aussi celles qui lui permettent de contrôler le ballon et que cela est déterminant. Que le joueur de football n’a pas de starting-blocks ? Qu’il ne démarre presque que jamais arrêté ? On ne court pas de la même manière si on est sur une piste d’athlétisme, dans un gymnase avec un ballon à la main, ou sur un terrain de football avec une balle aux pieds. La réalité me fait dire que beaucoup de PP ne connaissent pas tous ses aspects. Il suffit de regarder les exercices qu’ils proposent. Tous les sportifs de tous les sports du monde pourraient les faire. Ça m’interroge beaucoup. Cela ne les empêche pourtant pas de dire qu’ils individualisent.

Définir un profil de force, un score FMS, une VMA etc : cela ne peut avoir un sens que si on tient compte des caractéristiques du sport, de niveau de pratique, de l’expertise du sportif, de son âge … Ce n’est pas toujours flagrant quand on lit certains écrits.

Les PP “généralistes ” peuvent donc sous-estimer ce qui est essentiel à haut niveau : la prise en compte du contexte spécifique, ses influences sur l’organisme.

Prôner des bains froids, différentes méthodes de musculation, c’est bien. Mais si l’équipe se déplace en jet privé en hôtel de luxe, ce n’est pas la même chose que si on voyage plusieurs heures en bus et qu’on dort dans un hôtel bas de gamme.

C’est ainsi le reproche majeur que je fais au modèle de Banister, lorsque l’on parle de charge d’entraînement. Pourtant cette prise en compte du milieu, l’influence du milieu sur l’organisme n’est pas nouvelle. Jean-Baptiste Lamarck l’évoquait déjà au 18e siècle. Sa théorie transformiste s’appuie sur deux principes :

– “la complexification croissante de l’organisation des êtres vivants sous l’effet de la dynamique interne propre à leur métabolisme,

– leur diversification, ou spécialisation, en espèces, à la suite d’une adaptation à leur milieu de leur comportement ou de leurs organes.”

Jean Piaget reprendra ses idées ultérieurement. Tous les étudiants STAPS le connaissent. “ L’éclairage qu’il apporte sur l’« intelligence », comprise comme une forme spécifique de l’adaptation du vivant à son milieu, sur les stades d’évolution de celle-ci chez l’enfant et sa théorie de l’apprentissage exercera une influence notable sur la pédagogie et les méthodes éducatives”.

C’est aussi la différence entre génétique et épigénétique : “Alors que la génétique correspond à l’étude des gènes, l’épigénétique s’intéresse à une « couche » d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule ou… ne pas l’être. C’est un concept qui dément en partie la “fatalité” des gènes »

L’homéostasie et la notion de milieu intérieur chère à Claude Bernard ne fait que renforcer cette influence. Il en est de même pour le Syndrome d’Adaptation Générale de Hans Selye, souvent repris par Verkhoshansky dans ses interventions sur l’entraînement.

Se revendiquer spécialiste de la force ? Des étirements ? De la musculation ? De la proprioception ? … Cela ne me choque pas. Mais le PP doit néanmoins avoir une connaissance approfondie de tous les facteurs de la performance. Attention à ne pas devenir spécialiste du détail du détail. On n’entend pas en effet dire un entraineur qu’il est spécialiste du pénalty, de la touche, du coup franc. Il est plutôt spécialiste des gardiens de but, des attaquants, des défenseurs. Mais il a une connaissance approfondie de son sport.

Le PP « généraliste » (en référence à un sport) peut donc être un PP « spécialiste » (en référence à un domaine de la performance).

Personnellement, mes journées ne sont pas assez longues, mes semaines non plus, pour connaître les subtilités de chaque sport. Je me considère donc comme un PP « généraliste » et j’en suis fier. C’est la raison qui me pousse à travailler avec des experts des sports dans lesquels j’interviens. C’est un grand plaisir que d’échanger avec eux, de chercher les meilleures stratégies d’entraînements pour être en forme au bon moment, plusieurs fois de suite. Car c’est cela que les sportifs attendent.

Par contre quand on parle de stratégies d’entraînement, de charge d’entraînement, d’effets cumulés différés, je deviens « spécialiste » et les entraîneurs deviennent des « généralistes » !

Le PP « spécialiste » et le PP « généraliste » peuvent donc bien sûr travailler dans une même structure. Ce qu’il faut définir c’est le référentiel : le sport ou le domaine de la performance ?

Quoi qu’il en soit, les logiques « verticales » et les logiques « horizontales » ne sont pas antinomiques. Elles sont complémentaires. Que les unes rejettent les autres doit interroger, inquiéter.

Mais les revendications de certains PP d’être reconnus, d’être étiquetés comme des spécialistes me font beaucoup plus penser à un problème existentiel, à un mal-être, qu’à un réel problème. Ces PP voient souvent l’herbe plus verte ailleurs, le soleil plus brillant, décrivent l’arbre comme étant une forêt, et font de l’exception une règle. J’ai plus l’impression qu’ils prêchent pour leur paroisse que pour la profession.
Ce qui me fait sourire ? C’est qu’à ce moment précis ils semblent prendre conscience de l’importance du milieu, du contexte. Le monde idéal n’existe pas, pas plus que le pays ou les PP sont une institution respectée. Une compétence importante est de savoir s’y adapter.

Il est surtout indispensable d’avoir une approche systémique, c’est-à-dire de considérer le sportif, ses aptitudes, ses capacités comme celles d’un être humain évolutif en relation permanente avec son contexte d’évolution. De comprendre que c’est un être émotif.

Le PP est un acteur parmi d’autres, ni moins important, ni plus important.
Savoir s’il est généraliste ou spécialiste, personnellement, je n’y attache aucune importance.
Je suis beaucoup plus sensible au fait qu’il soit compétent, motivé et optimiste.

Arnaud Ferec

Préparateur physique, fondateur de PRO-FTS – www.pro-fts.com

Ce qui me gêne toujours dans les raisonnements sur la spécialisation, c’est que cela ne pose aucun problème que le kinésithérapeute ou le médecin ne soit pas annoncés comme spécialiste. Après tout si l’on suit ce raisonnement, c’est bien un enchaînement naturel non?

L’utilisation de l’exemple de médecin spécialiste et généraliste est fumeuse. Nos médecins dans les équipes sportives sont médecin du sport. Cette spécialité se suffit à elle-même. Nos kinés sont (en générale) marque du sceau kiné du sport. Ces 2 notions “du sport” n’impliquent pas qu’il soit spécifique à un sport. Pourquoi un PP devrait il être spécifique à un sport X.  Mais quelle est la différence entre un kiné et un kiné du sport ? Entre un médecin et un médecin du sport? Une meilleur connaissance des problématiques liées aux activités physiques. Ce n’est pas en ayant une pseudo connaissance de l’activité X ou Y mais bien une connaissance précise, approfondie, en biomécanique, l’anatomie, la neurophysiologie, les conceptions d’apprentissage moteur et la psychologie et plus. C’est d’abord en connaissant l’homme que l’on peut entraîner l’homme.

L’analyse de l’activité est bien plus fumeuse qu’on ne le pense. D’une part parce que d’un entraîneur à l’autre, il y a des méthodes d’entraînement différentes, des idéologies de jeu différentes et donc des recrutements de joueurs différents. Croire que l’on connaît l’activité parce que 3 statistiques et 4 études c’est très limite. Croire que l’on connaît l’activité parce qu’on l’a pratiquée depuis l’âge de 10, c’est également limite, non seulement le niveau auquel on a joué ne correspond peut être pas à celui où on est entrain d’entraîner mais en plus les règles et les techniques évoluent et avec elles le jeu. Et à l’heure où les motricités des sports s’entremêlent de plus en plus, le footballeur prend ses un contre un comme le basketteur grâce a une meilleur technique de dribble, la latéralisation est de plus en plus importante avec les défenses à 10 qui ferment les espaces. Le rugbyman explore les passes lobées et la verticalité, on voit que si les corps sont spécifiques au sport (par une sélection génétique ou bien une adaptation aux contraintes des entraînements), les motricités elles, se ressemblent de plus en plus. Mais au final le problème pour un préparateur physique est-il de connaître l’activité et d’être un entraîneur bis ou bien d’être un spécialiste de la motricité afin de travailler sur les besoins de l’athlète en terme d’optimisation de la performance.

D’ailleurs si on est spécialiste de son activité, ne va t’on pas aussi spécialiser la formation des jeunes? Et bien évidement, c’est ce qui s’est passée. Et c’est cette spécialisation de la PP, où on met le sport au centre et non le jeune athlète, qui est remise en cause intensément depuis plusieurs années dans des pays qui “innovent” en travaillant sur la variété et la variabilité des motricités.

Le débat sur la spécialisation et la généralisation est bien plus large que l’on pense aux premiers abords. C’est une question de définition de notre activité et une affaire sur notre place au sein des staffs pro. Et oui la France souffre d’un manque de professionnalisme dans notre métier de PP. Reconnaissons-le. Quand on voit nos voisins Européens, nos oncles d’Amérique, ou nos cousins d’Australie, le PP à sa place indiscutablement.

Quand on parle de PP généraliste, on pense également à la PPG et dans un soucis de toujours coller à l’activité et d’augmenter le nombre d’heure de pratique comme le transfert, on se veut de plus en plus spécifique. C’est à dire que l’on va faire 2 passes et un sprint derrière ou bien on va faire des sprints avec le ballon au pied. Moi j’appelle cela de l’entraînement technique. Mais c’est peut être mon bagage de coach de basket qui parle; le basket est depuis longtemps habitué aux situations de un contre un, de faire 3 petits sauts avant d’aller chercher un rebond, ou bien de jouer des situations de contre-atttaque après un sprint défensif… mais on appelle pas ça de la préparation physique. Et aux USA, terre de basket, ce n’est pas le rôle du PP que de faire ce type d’animation.

Alors bien évidemment si on approche le travail du PP comme un analyste de data pour calculer la pseudo charge interne de travail (pour ceux qui font de “l’individualisation”) sur les 2-4h d’entrainement de la journée, et qu’il est animateur du choix des exercices [ aujourd’hui c’est 3×3, demain c’est 7×7 sans goal…], et si on pense que individualiser c’est donner un poids différent dans la salle de muscu, un temps d’entrainement différent, et 3 exercices de prévention différents, alors effectivement je recommande des entraineurs du sport, voir je file le boulot a l’assistant et j’engage un data analyste qui peut coder; comme ca j’aurais des beaux graphiques et des statistiques le lundi matin au top.

Mais si on considère que la préparation physique, c’est avant tout l’optimisation de la performance motrice du sportif; c’est a dire de placer l’athlète, l’homme, au centre de nos préoccupations et que l’on individualise les charges de travail alors il faut une formation qui s’applique à l’humain et non au sport.

La connaissance de l’activité se fait rapidement quand on a les outils pour l’analyser. Par contre, les histoires de vestiaires sur qui a marqué le but en 1997, ou le plaquage raté de X en finale de la coupe…tout ce qui fait la culture et l’histoire du sport est important pour établir des liens avec les joueurs et d’accaparer leur confiance. Mais dans un monde sportif qui se professionnalise de plus en plus, le rugby de potes (pour prendre cet exemple) n’existe presque plus (bien ou mal à vous de choisir), la 3ème mi temps est moins terroir qu’elle ne l’était. Et entre un gars compétent et un autre qui a une besace d’histoires, moi je choisis la compétence pour m’entraîner. mais c’est mon avis.

Aussi pour moi le PP généraliste c’est celui qui va travailler avec la population en générale où la santé va être le point important. Quand on a besoin de remplir un objectif précis,on va aller voir un spécialiste. Celui-ci est formé à des techniques particulières pour répondre à des besoins particuliers.

Cela ne choque personne si un médecin chirurgien est spécialiste du pied et du genou. Pourquoi est il choquant si un PP est spécialiste de la vitesse et de la force? Après c’est avant tout une question d’évaluer les profils de résistance de l’activité afin d’adapter individuellement au profil de force de mes joueurs. Et ça c’est amusant mais les spécialistes des activités ne le mentionnent que rarement pour ne pas dire jamais..

En d’autres termes, si on considère que pour avoir sa place comme PP, je dois me pourvoir en entraîneur et gérer les 4 allers-retour et les 10 sauts, faire 3 graphiques des datas GPS, je pense que l’on ne fait pas le même métier, mais je comprends. La partie financière est plus intéressante quand on a le titre d’assistant coach que quand on est PP.

Si par contre on considère que le métier de PP c’est d’évaluer les profils de force et de construire les exercices pour adapter les profils de résistances afin de permettre à l’athlète de progresser dans son contrôle moteur, alors je ne vois pas ou se situe le problème de travailler avec un basketteur, un sprinter ou un tennisman. Les kiné et osteo n’ont pas de problème à passer d’un footballeur à un kayakiste. Et si l’on poursuit sur la connaissance de l’activité comme élément fondamentale, les coachs qui entraînent le sport féminin ne devrait pas passer chez les hommes et vice-versa. L’activité est quand même assez différente. En basket, par exemple, l’exploitation de la verticalité est presque absente chez les féminines alors qu’elle est essentielle chez les hommes. A trop vouloir se trouver un travail et une place sur le banc, on a oublié notre métier de base: Force et Conditionnement physique pour le traduire de l’anglais. Mais surtout se réfugier derrière la pseudo spécificité de son sport enseigner par des spécialistes, cela revient à marier les rois et les reines ensembles. Et sans apport nouveau, sans créativité, et avec une rigidité sur les consensus d’entraînements, on ne fait pas avancer son activité. Et dans le haut niveau, si on avance pas, on régresse.

 

Conclusion de Xavier Barbier

Je pense que les 2 visions se défendent. Mais pour avoir une expérience auprès de sportifs de haut-niveau ou pro des différents sports, ma vision se rapproche plus de celle d’Arnaud. Loin de moi l’idée de vous rejouer l’excellent film “le cercle des Poètes disparus” (oh capitaine mon capitaine !), mais je pense que le spécialiste risque d’avoir une vision étriquée, trop centrée sur l’activité, et pas assez sur l’individu (et les points communs avec d’autres sports). Il est parfois bon de prendre du recul et de voir comment font les autres dans d’autres sports, organisations, situations.

Enfin, et pour conclure, les réseaux sociaux libèrent la parole, mais plus rarement le débat constructif et l’intelligence. J’échange et apprends bien plus par email, skype ou en direct avec un collègue, que via les réseaux sociaux ou il est impossible d’échanger sans que cela dérive dans tous les sens. Donc merci à Arnaud Ferec de m’avoir soumis ce texte qui laisse à chacun le temps de développer sa position et ses arguments. Très heureux d’apporter ma modeste contribution au métier de préparateur physique.