Préparation physique Basketball : entretien avec Thomas Getin

Je continue dans ma série d’entretiens avec des spécialistes de la préparation physique et de la diététique sportive. Cette fois-ci c’est avec Thomas Getin, préparateur physique spécialiste du Basketball.

Xavier Barbier : Bonjour Thomas. Peux-tu te présenter rapidement pour les personnes qui ne te connaissent pas ?
Thomas Getin : Salut Xavier, tout d’abord merci à toi d’être venu vers moi pour cette interview et ainsi me permettre de m’exprimer sur ton blog, c’est vraiment cool!
Je suis Thomas Gétin, j’ai 30 ans. Je suis un ancien joueur de basket et maintenant préparateur physique, et j’ai une salle de coaching sportif sur Nantes la « Training Academy ».

XB : Ton parcours est particulier puisque tu as une formation américaine. Quelle différence trouves-tu entre l’approche française et nord-américaine ?
TG : C’est exact, je suis certifié par la National Strength and Conditioning Association (NSCA) et aussi par la marque Under Armour qui vient de mettre en place une formation de 2 diplômes avec une approche très moderne et fonctionnelle de la préparation physique.

La différence essentielle entre les 2 approches est que dans la philosophie U.S, les pros se remettent sans cesse en question pour avancer toujours plus loin, ils n’hésitent pas à partager leur savoir, à écouter et être ouverts à tout nouveau point de vue, nouvelle étude, etc. Les meilleurs continuent à progresser en apprenant les uns des autres. Et c’est malheureusement tout l’inverse en France, de manière générale. Je suis surpris du nombre de soi-disant experts du fitness (coachs sportifs, profs en salle, préparateurs physiques…) qui ne se remettent jamais en question, ne cherchent pas à s’améliorer ni à continuer à apprendre et à se former.

Aux U.S, il n’y a pas de honte à ne pas connaître ni de honte à être curieux. En France, c’est la culture de la pudeur: je ne montre pas que je ne sais pas, je ne demande pas, je ne suis pas curieux et reste ignorant. Aux U.S, une fois un diplôme en poche, c’est le début de l’aventure. En France, c’est le début de la fin, c’est de l’acquis, métro-boulot-dodo et point final!

XB : Tu as la culture des colloques et des conférences (très courant aux USA, beaucoup moins en France). Tu vas d’ailleurs régulièrement outre-Atlantique pour cela. Pourquoi cette démarche?
TG : Oui c’est vrai, je vais en général 3 à 4 fois par an aux USA assister à des conférences, colloques, formations (même si j’aimerais en faire beaucoup plus) pour 3 raisons principales:
– continuer à apprendre un maximum des meilleurs au monde dans ce domaine (car je m’en suis fait une priorité) et ainsi bénéficier de leurs différentes expériences très enrichissantes qu’elles soient professionnelles ou personnelles… Cela me permet d’être meilleur dans ce que je fais. De plus, je reste persuadé qu’on apprend plus en essayant et en expérimentant que seulement dans les livres. Ensuite j’essaye de partager ces infos à travers mon blog (www.trainingacademy.fr), avec mes clients et tous ceux qui sont intéressés…

– Je dois participer à des conférences pour revalider mes diplômes.

– J’adore les Etats-Unis et malgré le nombre de fois où j’y suis allé, c’est toujours un vrai plaisir de retourner là-bas!

XB : Tu travailles régulièrement dans le basketball. Quel est ton regard sur la préparation physique dans le basket français ?
TG : La préparation physique dans le basket Français est très pauvre (lorsqu’il y en a…) comparée à d’autres pays (notamment les USA) mais également lorsque l’on compare avec d’autres sport en France comme le foot… Les clubs pros français ne portent que très peu d’importance à la prépa physique et ainsi ne sont pas prêts à investir de l’argent dans ce domaine… D’ailleurs ce n’est pas considéré comme un investissement mais plutôt comme une dépense qui doit être la moins importante.

Les dirigeants et coachs minimisent l’intérêt et les enjeux d’une prépa physique et d’un travail spécifique basket adapté. Ainsi, combien de clubs ont pour préparateurs physique leur assistant coach basket, qui n’a jamais soulevé une barre de sa vie, qui ne sait pas enseigner de squat sans aucune charge ou de pompes correctement ni utiliser du matériel moderne tels que les trx, élastiques… dont ils ignorent d’ailleurs l’existence! Ils jouent sur 2 tableaux: 80 à 90% de leur temps de travail est dédié au basket et le reste pour la prépa physique… Cela permet au club d’économiser de l’argent en prenant un coach de basket qui fera à l’occase un peu de prépa… Aux USA, beaucoup de lycée (14 à 18 ans) s’entraînent mieux dans ce domaine que nos équipes pros…

Quand j’observe le contenu des prépa françaises, il y a beaucoup trop de footing. Je vois encore des coachs de basket/préparateurs physique (et des joueurs aussi) faire courir des km à leurs joueurs et donc travailler leur aérobie… Or, petite info non négligeable,un match de basket c’est 10% d’aérobie!!! Pourquoi donc passer tout ce temps sur ce système d’énergie plutôt que de le passer sur celui dont nous avons le plus besoin dans ce sport: l’anaérobie (Note XB : je valide. J’en ai déjà parlé ICI).

XB: J’ai personnellement travaillé avec les jeunes basketteurs en Pôle Espoir et, déjà, à cet âge, il y a beaucoup de choses possibles à faire sur le plan athlétique. Quels sont les erreurs à éviter et les axes à travailler selon toi dès le plus jeune âge ?
TG : L’erreur principale à éviter avec de jeunes athlètes est de les prendre pour des adultes et de leur faire pousser des charges lourdes plusieurs fois par semaine car leur corps (ligaments, articulations, os..) n’est pas prêt pour ça pour le moment… De plus, les hormones permettant de construire du muscle étant plus faibles chez les pré-ados, il est très difficile voire impossible de prendre du muscle. Par contre, ils peuvent gagner de la force.

Les axes à travailler sont nombreux tels que la souplesse, la coordination oeil/main, la rapidité des appuis, le contrôle de leur corps en mouvement de manière à décélérer et accélérer en 3 dimensions, le renforcement musculaire avec poids de corps… Tous ces axes de travail doivent, tant que faire se peut avec cette population de jeunes athlètes, être réalisés de manière ludique à travers des challenges, des jeux, des compétitions… tout en se concentrant vraiment sur la technique et la qualité des mouvements.

XB : A travers ton expérience professionnelle, quels principaux défauts retrouves-tu le plus souvent chez les joueurs de basketball ?
TG : Il y en a plusieurs:
-J’ai du mal à comprendre cette mentalité de la majorité des joueurs français à prendre 3 mois de vacances et ne rien faire physiquement durant cette période alors que c’est la meilleure pour progresser physiquement et devenir plus fort, plus rapide, avoir un meilleur contrôle de son corps. En résumé, c’est le moment le plus propice pour travailler sur son potentiel individuel et ses performances d’athlète.

-Pendant que les 1ers ne font rien, d’autres vont faire des petits matchs, sans intensité, et pensent qu’ils vont progresser comme ça…. mais jouer n’est pas s’entrainer!! Même si je suis d’accord que c’est moins fun de faire du renforcement musculaire, de la plyo, des squats, des fentes… que shooter à 3pts, mettre des cross ou faire des dunks… Mais la réalité est que pendant que certains font ça, d’autres (plus rares) ont compris que tout ce travail physique est ultra important et que le jour où ils se rencontreront, il sera temps pour les 1ers de passer à la caisse et de payer…voire d’aller s’asseoir sur le banc s’ils jouent dans la même équipe, au même poste. Tout ça pour dire que si un joueur ne travaille pas physiquement durant l’été, il s’empêche lui-même de devenir un meilleur athlète et donc un meilleur joueur de basket.

-En règle générale, les joueurs ne portent pas assez d’attention à leur corps qui est pourtant leur outil de travail. Lorsque tu es sportif pro, tu dois avoir une attitude et hygiène de vie pro aussi. Si tu demandes de gros effort à ton corps tous les jours, tu dois aussi prendre le temps de te nourrir sainement, et de récupérer en faisant du foam roller, en s’étirant… Tu joues dur, tu récupères dur!!

-Il n’y a pas assez de travail de proprioception pour renforcer les chevilles, qui sont largement mises à mal dans le basket. Les joueurs ont souvent des chevilles faibles en raison des entorses précédentes, à force de jouer avec des chaussures hautes plus un strap et/ou une chevillère… De plus, si les chevilles sont raides, il y a beaucoup plus de risques de se blesser au genou qui compense le manque de mobilité des chevilles (Note XB : J’ai souvent abordé ce sujet ICI).

-Il n’y a pas assez de travail non plus au niveau des hanches. Or nombreux joueurs sont très raides à ce niveau (entre autres) ce qui les empêche de courir plus vite, sauter plus haut, de mieux se déplacer et peut avoir des répercussions également dans le bas du dos chez certains.

-Le travail des abdos n’est pas du tout adapté au basket. Lorsque l’on joue au basket, la fonction principale des abdos est de garder alignés son centre de gravité au-dessus de sa base de support en mouvement (ses jambes). Pour les travailler de façon optimale en spécifique basket, il est donc important de réunir ces 3 critères:
>travailler en déséquilibre
>travailler debout (les exercices en gainage au sol, avec mouvements, restent également corrects)
>travailler en mouvement
Il n’est donc d’aucun intérêt de faire des séries d’abdos « classiques » où l’on contracte et décontracte ces muscles (avec le risque en plus de se faire mal dans le bas du dos), cet effort n’existe pas du tout dans le basket, ni dans la vie quotidienne d’ailleurs, car les abdos -au contraire de la plupart des muscles- sont des muscles stabilisateurs, il faut donc les travailler dans ce sens (Note XB : je valide encore. J’ai déjà évoqué le sujet de la sangle abdominale ICI).

XB : Quel est ton leitmotiv lorsque tu prépares des sportifs ? Nous avons tous un thème qui nous semble plus important que les autres et être le fondement de la performance sportive. Quel serait le tien pour le basket?
TG : Mon leitmotiv est de faire progresser les joueurs pour qu’ils améliorent leurs performances, que leur corps bouge mieux sur le terrain de basket et de leur faire comprendre qu’être sportif pro ou de haut niveau c’est aussi avoir une attitude et un style de vie qui va avec en prenant soin de leur corps. Comme je le dis plus haut (car j’y tiens), tu ne peux pas t’entraîner une ou deux fois par jour, demander de gros efforts à ton corps sur plusieurs années en ayant le même style de vie qu’une personne dont le corps n’est pas l’outil de travail… En une phrase : Mange sain, entraîne-toi dur, récupère et recommence.

Voilà, j’espère avoir répondu clairement aux questions et que toutes ces infos serviront à un maximum de personnes. Si vous avez des questions ou des remarques surtout n’hésitez pas.

Merci Thomas d’avoir répondu à ces quelques questions. N’oubliez pas que vous pouvez retrouver Thomas sur son blog : www.trainingacademy.fr