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Préparation physique pour le football américain : entretien avec Xavier Roy (XR Performance)

Il est toujours très intéressant de se confronter à différentes influences, cultures et idées. Échanger ou se retrouver avec d’autres professionnels est à chaque fois un plaisir et une source d’enseignement.

D’autre part, nombreux sont les mythes et les idées reçues en matière de préparation physique pour le football américain.

C’est donc avec un grand plaisir que j’accueille aujourd’hui un confrère canadien en la personne de Xavier Roy de XR Performance.
XR Performance dédie grandement ses compétences au football (américain – canadien), tout comme je le fais.
Au-delà du socle méthodologique et scientifique à la base de la préparation physique moderne, nos approches, sensibilités et souvent références se rejoignent.

C’est donc sur ce thème que Xavier a accepté de répondre à quelques questions.

– Bonjour Xavier, pour commencer, peux-tu te présenter ?

En premier lieu, je voudrais te remercier de me donner l’opportunité de réaliser cette entrevue avec toi.

Cela fait quelques mois déjà que nous échangeons sur une base régulière et je tiens à te féliciter pour ton travail avec Performance Athlétique.

Personnellement, je viens de terminer mon baccalauréat (ndlr : Licence en France) en kinésiologie avec une spécialisation en encadrement sportif de l’Université de Sherbrooke au Québec.

J’ai pratiqué le football américain, comme vous l’appelez en France, pendant 14 ans, à partir du niveau atome (8-10 ans) jusqu’au niveau universitaire.

Maintenant, je redonne à mon sport en m’occupant de la préparation physique des Triades de Lanaudière, de joueurs de football américain et de lacrosse grâce à mon entreprise, en plus d’assurer les fonctions de coordonnateur défensif et entraîneur des secondeurs de ligne. Par contre, tout ce qui entoure la préparation physique me passionne énormément et c’est pourquoi j’ai décidé d’en faire une carrière.

– Tu t’occupes de la préparation physique (entre autres) de l’équipe de football américain d’un CEGEP (collège d’enseignement général et professionnel). Quelle est la place de la préparation physique pour un joueur de football en CEGEP ? Que cela représente-t-il en volume d’entrainement ?

Les joueurs de football qui jouent au football américain au niveau collégial sont habituellement âgés entre 17-21 ans. Certains joueurs se présentent au camp pendant l’hiver sans jamais s’être entraînés de leur vie, tandis que d’autres possèdent un background respectable en entraînement. Le programme d’entraînement sera alors ajusté pour permettre aux premiers de s’initier à la musculation et aux seconds de poursuivre leur progression.

Avec les Triades de Lanaudière, nous avons présentement 3 séances par semaine en salle de musculation. Un peu plus tard au cours de l’hiver, nous aurons 3-4 séances de musculation par semaine combinées avec une séance de développement des filières énergétiques en équipe (à noter que les joueurs travaillent le développement de ces filières pendant les séances également). En gros, tu peux compter entre 4,5 et 7 heures d’entraînement par semaine pour le football pendant l’hiver.

– Comment s’organise la planification annuelle, concernant la préparation physique, pour un joueur en CEGEP ?

Lorsque j’ai pris en charge la préparation physique des Triades il y a un an, ces derniers n’avaient pas de planification annuelle d’entraînement. Il s’agissait là de mon premier défi, puisque je venais tout juste de terminer mon premier cours universitaire sur la planification de l’entraînement. J’avais une bonne idée de comment je voulais structurer l’entraînement annuel et j’ai pu recevoir de l’aide de mon professeur de planification de l’entraînement à l’Université de Sherbrooke. La première année s’est bien déroulée et j’ai apporté plusieurs correctifs à la nouvelle planification annuelle.

Personnellement, j’aime bien travailler avec une périodisation en blocs (ou périodisation traditionnelle), qui consiste à cibler le développement de qualités physiques et de filières énergétiques à certains moments précis dans l’année et de construire sur ces acquis pour arriver à un sommet de préparation physique lorsqu’arrive la saison de compétition.

Pour faciliter la compréhension de tes lecteurs, nous commençons l’entraînement 2 semaines après la fin de la saison. Pendant cette phase, on travaille sur rééquilibrer le corps sur le plan structurel (muscles agonistes utilisés en saison versus muscles antagonistes, correction des patrons moteurs, etc.) et lui permettre de récupérer mentalement.

Au retour des Fêtes, on entame une période d’hypertrophie pour construire les fondations nécessaires au développement de la force musculaire, la qualité physique que je juge essentielle pour les sportifs, car c’est sur celle-ci que repose le développement de la puissance.

Parallèlement, j’utilise beaucoup les intervalles afin de développer la puissance anaérobique. J’utilise des intervalles courts avec des périodes de repos plus longues en début d’année et je diminue le repos au fur et à mesure que la saison approche.

Au cours de la saison, les séances d’entraînement en salle servent à maintenir les acquis tandis que l’entraînement des filières énergétiques est intégré à la pratique du sport.

– Quelles sont les qualités physiques les plus importantes pour le football américain selon toi ?

Je crois que la force musculaire est la qualité musculaire de base qui est essentielle au football américain. Qualité musculaire de base, car c’est sur la force que repose le développement de la puissance, de l’agilité, de l’accélération et de la flexibilité, entre autres.

Par la suite, lorsque l’athlète possède une base de force suffisante, la qualité suivante qui est essentielle à la performance sportive sur le terrain est la puissance musculaire; cette capacité à exprimer la force dans le temps.

Concernant les filières énergétiques, il s’agit de la capacité à répéter des accélérations et des sprints en présence de fatigue. Il s’agit là d’un concept présent dans la préparation des joueurs de football du Rouge et Or de l’Université Laval sous la supervision de Raymond Veillette et des athlètes supervisés par Mike Boyle aux États-Unis.

– De plus en plus de joueurs en France commencent à se rendre compte de l’utilité de la musculation. Malheureusement, ils tombent souvent dans le piège du “bodybuilding”. Est-ce le cas également au Québec ?

Malheureusement oui. Le bodybuilding est un sport esthétique où les participants visent l’atteinte d’un corps symétrique. Il s’agit là toutefois d’un problème plus profond en entraînement et dans la société en générale.

Néanmoins, il faut éviter de copier les programmes des bodybuilders, car ceux-ci ne représentent pas la réalité. Le volume est souvent trop élevé, les exercices qui s’y retrouvent présentant peu de transfert dans les activités sportives et des blessures de sur-utilisation sont fréquentes avec ces programmes.

– Les entraineurs de football jugent souvent la préparation de leurs joueurs à leur performance lors du 4ème quart. La notion “d’endurance” est alors sous-jacente, mais pas toujours perçue de la manière la plus juste et pertinente pour le football. Peux-tu nous parler de ton approche concernant “l’endurance” pour le football américain ?

Comme je l’ai mentionné un peu plus haut, je crois que la capacité à répéter des accélérations et des sprints dans un état de fatigue est plus représentative au sport du football américain, du hockey, du soccer et du basketball, entre autres, que la notion d’endurance.

Tous ces sports sont de nature anaérobie, avec une collaboration des autres systèmes d’énergie selon l’intensité et la durée de l’action. L’énergie utilisée dans ces sports provient majoritairement de l’adénosine triphosphate, de la créatine phosphate et des glucides.

En appliquant le principe de spécificité, je cible ces sources d’énergie pendant mon entraînement en utilisant l’entraînement par intervalles. L’entraînement par intervalles consiste à alterner des périodes d’efforts de haute intensité avec des périodes de repos.

En manipulant le ratio travail:repos, il est possible d’obtenir à la fois des gains en puissance anaérobie et des gains en endurance cardiovasculaire, cette fameuse endurance du 4e quart.

– Quel est ton avis sur les séances de “cardio” sous forme de circuits, type “bootcamp”, et de course longue ? On voit que certaines équipes y ont recours alors que sur des aspects physiologiques, celles-ci sont discutables.

Je crois que les séances de cardio sous forme de circuits peuvent être utilisées en salle de musculation. J’aime bien inclure ce que l’on appelle des complexes ou des «finishers» au cours des séances de musculation pour solliciter le système cardiovasculaire en même temps que les groupes musculaires. On voit souvent ce type de pratique utilisée pour des objectifs de perte de gras de même que par des entraîneurs de renom, tels que Mike Boyle, Joe Defranco et Eric Cressey.

Toutefois, je ne comprends pas pourquoi on utilise la course de longue durée comme moyen de travailler le système cardiovasculaire. L’endurance cardiovasculaire est une filière énergétique totalement différente de ce que l’on retrouve au football, sans compter que ce type d’entraînement a un impact négatif sur la puissance musculaire, ce qui sépare les athlètes moyens des athlètes dominants.

– La vitesse est certainement la qualité physique la plus appréciée par les entraineurs. Quelle place prend l’entrainement de la vitesse dans la préparation des joueurs des Triades ?

Je te dirais que mon opinion sur la vitesse commence à changer tranquillement. Je suis en pleine lecture du livre Advances in Functional Training de Mike Boyle et ce dernier soutient que souvent, on confond le terme vitesse avec accélération. L’accélération serait plus importante dans des sports comme le football que le serait la vitesse, car un joueur de football n’atteint jamais sa vitesse maximale.

Cela me force actuellement à me questionner sur la façon dont j’ai entraîné les joueurs des Triades au cours de l’été dernier. Nous avons tout d’abord travaillé sur des accélérations et des changements de direction sur de courtes distances. Par contre, j’ai fait progresser l’entraînement en augmentant la distance parcourue et en adoptant des concepts de l’athlétisme. Chose que je crois, avec du recul, n’était pas optimale dans la préparation des joueurs des Triades. Je songe sérieusement à favoriser le développement de l’accélération au lieu de la vitesse dans les prochaines phases d’entraînement.

De plus, ce type d’entraînement ne requiert pas de piste d’athlétisme ou de terrain de football complet pour courir, un point à considérer lorsque le sol est recouvert par 1 mètre de neige et que les joueurs doivent courir en gymnase.

– Les frontières entre prévention, préparation physique et réhabilitation sont de moins en moins claires aux États-Unis : entrainement = prévention et prévention = entrainement. Cette évolution est-elle aussi présente au Canada ? Intègres-tu cette tendance dans tes programmes ?

Oui, j’ai tendance à inclure des exercices de foam roller et des étirements statiques avant de passer avec des exercices d’activation et de mobilité.

Avec les Triades, j’essaie de cibler les tendances que j’observe quant à la prévention de blessures. Par exemple, je cible l’augmentation de la mobilité au niveau des hanches de même que de stabilité de l’omoplate.

Aussi, je sélectionne les exercices qui auront le plus de bénéfices pour les joueurs sans pour autant compromettre leur sécurité. C’est là la raison pourquoi j’inclus des exercices comme le front squat dans mes programmes d’entraînement.

À savoir si cette tendance est présente au Canada, j’espère que oui si l’on veut réduire l’instance de blessures aigües et/ou chroniques suite à l’entraînement.

– Moins sérieusement : toi qui est fan des Chicago Bears, que penses-tu de leur saison ?

Je suis content de voir qu’ils remportent du succès grâce à leur défensive, présentement troisième dans la NFL et que finalement, Jay Cutler semble être à l’aise dans le système offensif des Bears. Et que dire de Devin Hester, nouveau recordman avec le plus de retours de botté pour des touchés dans l’histoire de la NFL. J’ai moins aimé leur cuisante défaite face aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre, mais ce n’est que partie remise.

Merci Xavier d’avoir répondu à ces questions.

Pour en savoir plus sur Xavier Roy, rendez-vous sur son blog http://xrperformance.wordpress.com . Vous y trouverez, entre autres, une mine d’informations, conseils et vidéos.
Xavier Roy a également publié un article sur la périodisation de l’entraînement dans la 2e édition du magasine Accrofoot Mag (www.accrofootmag.com), la revue du football amateur au Québec.

Pour plus d’informations sur l’équipe des Triades de Lanaudière, visitez leur site : http://www.triadeslanaudiere.org/.

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