Toutes les qualités physiques sont mesurables.
Tests et évaluations permettent de mesurer une performance et/ou de définir des besoins et des pistes d’entraînement.
Pour donner quelques exemples d’évaluation de performances, vous connaissez certainement les tests de terrain (exemples en vidéo ci-dessous), les tests en salle de musculation (même si dans une interview sur le site SCI-sport.com, j’ai expliqué mes doutes sur le test de force musculaire du bench press 100 kg tel qu’il est pratiqué au football américain) et enfin les tests en laboratoire (test d’effort, VO2, etc).

Viennent enfin les évaluations du mouvements, de la posture et des déséquilibres musculaires. Je vous ai déjà donné l’exemple du squat et comment il pouvait servir dans cet objectif. Mais également du Thomas test pour la flexibilité de la hanche (VIDEO).

Depuis de nombreuses années, le test dit du “sit and reach” (ou en version “toe touch”) est utilisé par un grand nombre d’entraîneurs. Il est utilisé pour évaluer la souplesse des ischio-jambiers et de la région lombaire. Généralement, un manque de souplesse est associé à un risque accru de blessures.

Sit and reach

Toe touch

Personnellement, je n’utilise jamais le test du “sit and reach” avec les sportifs que je prépare. Voici pourquoi.

1 – Comme je vous l’avais expliqué dans un article précédent, les blessures aux ischio-jambiers ne seraient s’expliquer par un simple manque de souplesse. C’est beaucoup plus complexe que cela.

2 – Si l’on analyse ce test d’un point de vue anatomique, on arrive au constat que 2 chaînes musculaires sont impliquées (chaîne postérieure superficielle et fonctionnelle).

Dès lors, il est difficile de dire quels sont les muscles limitant réellement la souplesse de la chaîne. Pourquoi associer ce test uniquement avec les ischio-jambiers et la région lombaire ?

3 – Cette étude de 2010 expliquait déjà que le “sit and reach” n’était pas un bon test pour évaluer la souplesse des ischio-jambiers. Rien de très étonnant en fait. Puisque lorsque l’on étire une chaîne musculaire, c’est toujours le muscle présentant la plus faible raideur musculaire qui va s’étirer. Exactement comme si vous attachiez ensemble 2 élastiques de résistances différentes et tiriez sur les extrémités : l’élastique le moins raide va plus s’étirer que l’élastique le plus raide.

4 – Il n’y a pas besoin de souplesse au niveau lombaire (au contraire !!). En fait, ce dont vous avez besoin c’est de stabilité au niveau lombaire et de mobilité au niveau de la hanche et thoracique. Un bon score au “sit and reach” est signe de souplesse au niveau lombaire (peut-être, quelque part). Donc, un bon score est peut-être le signe d’un problème.

5 – L’équilibre global et l’activité des autres muscles s’insérant sur le pelvis (bassin) sont clairement des facteurs limitant le score au “toe touch”. L’exemple plus frappant est le gain immédiat de souplesse lorsque l’on écrase entre les genoux un foam roll (ou un objet de taille similaire).

Cette action a pour conséquence de réduire “l’activité” des ishio-jambiers dédiée à l’équilibre (au profit de la sangle abdominale, des adducteurs…) et donc de les rendre plus facile à étirer.
Donc quelqu’un qui ne dispose pas d’un bon équilibre global, risque de présenter une performance en dessous de sa souplesse réelle.

6 – Une étude de 2008 a comparé la validité de 4 tests, dont le “sit and reach”, pour l’évaluation de la souplesse. Les auteurs recommandaient alors l’utilisation du test KEA (knee extension angle) plutôt que les autres tests. Donc, pourquoi encore utiliser le “sit and reach” ou le “toe touch” ?

J’espère que vous comprenez à présent pourquoi je n’aime pas utiliser ce type d’évaluations avec les sportifs. Je consacre pourtant beaucoup de temps à l’évaluation et à la correction du mouvement, de la posture et des déséquilibres musculaires. Mais le “sit and reach” ou le “toe touch” sont bien trop imprécis pour ce que je cherche à évaluer.