Questions :

Bonjour Xavier,

Je suis actuellement en charge d’une équipe cadet de rugby et je m’occupe plus précisément d’une séance de prépa physique 1 fois par semaine. Si vous avez un avis là-dessus, il m’intéresse.

La séance que je propose n’est pas idéale car j’ai pas mal de contrainte : manque de temps (1h par semaine, pas plus !), manque de place (impossible de faire de la VMA sur la piste ou sur de grande distance sur stade par exemple).

Du coup, comme je l’ai lu dans les ouvrages de Cometti, j’ai opté pour des sprints courts (20m) ainsi que du travail de coordination (haies, échelle, corde à sauter…). Je complète la séance par du travail musculaire : squat, développé-couché, dips, pompes. Chaque jeune a son carnet d’entrainement et chaque exercice est proposé avec plusieurs niveaux (augmentation de charge ou de nombre de répétition en fonction…). Enfin, tout ça ne devrait durer que 2 mois et ensuite, je pensais leur faire des parcours plutôt orientés vers le travail de l’explosivité. D’une part parce que nous sommes en extérieur donc le froid va s’installer; ensuite parce que je ne veux pas créer de routine ni pour leur motivation, ni pour leurs muscles. J’ai envie de les solliciter différemment à chaque fois.

Je pense que mon programme a été pas mal réfléchi mais un avis d’un professionnel me plairait aussi.

Ma réponse :

Bonjour Renald,

Tout d’abord félicitations pour cette approche. Il est possible, et même important, d’apporter un contenu de préparation physique et athlétique dès le plus jeune âge. Il faut juste l’adapter aux besoins des sportifs.
Comme la question est assez large, je vais essayer de faire une réponse courte et précise.

Tout d’abord, il faut conserver un contenu de préparation athlétique pendant toute l’année. Les joueurs ne développent pas des qualités physiques à la pratique d’un sport, ils les sollicitent. Dès lors, il faut mettre en place des situations d’entraînement permettant de développer ces qualités physiques.
Ensuite, si la préparation physique semble assez importante pour en faire 1h par semaine, je suggérerais d’en faire 2 fois par semaine. Si c’est important, il faut le faire souvent ! Donc, je vous invite à découper votre séance unique de 60 min en 2 séances de 30 min.

Concernant l’entraînement des filières énergétiques, il vous est peut être possible de travailler sur des temps très très courts, et donc des distances réduites. Vous pouvez avoir de bonnes séances comme cela. Les sports en salle (handball, basketball,…) ne disposent pas toujours d’installation extérieures et doivent faire ce travail sur des petits espaces.

L’approche de Cometti est intéressante. Personnellement j’adhère à cette philosophie de qualité vers quantité de qualité et l’inversement de la pyramide classique. C’est d’ailleurs une philosophie très semblable à “l’approche” nord-américaine de la préparation physique que j’affectionne.

Néanmoins, je pense que Cometti ne va pas assez loin dans le principe de qualité. Sprint, pliométrie, et parfois échelle d’appuis, sont déjà dans ce que je nommerais “pratiquer vite”.
Avant cela, que j’encadre sur le terrain, en gymnase, en salle de musculation ou à distance, mon premier objectif reste de “pratiquer bien”.

Dans cet esprit, j’aime beaucoup l’approche de Gray Cook et sa pyramide de la performance. Celle-ci place la capacité à “pratiquer bien” comme fondation de la performance.

Ce functional movement pourrait se définir par la capacité à se mouvoir librement, sans restriction. Ainsi, les attitudes, les postures, le gainage, l’amplitude articulaire, l’équilibre, le placement des appuis, savoir sauter, savoir atterrir et le développement de la motricité (espaces avant, arrière et latéraux) sont des axes de travail. Le “pratiquer bien” doit permettre au joueur de répondre au “comment faire pour”. Par expérience, je pense qu’il y a beaucoup à faire sur ces axes dans toutes les catégories !

Le travail de performance physique ne doit venir que dans un second temps. Les entraîneurs veulent souvent passer trop vite vers la performance physique et la compétence technique. C’est dommage car un travail sur les “fondements du mouvement” a des répercutions positives sur la performance et la compétence. Si l’intention des entraîneurs est louable, celle-ci a pour conséquence de faire atteindre aux sportifs plus rapidement un plateau dans leur progression.

Dans le même esprit, vous pouvez proposer un travail de renforcement musculaire toute l’année avec beaucoup de variété. Pour cela il faut réfléchir à une progression dans la difficulté des exercices. Le poids de la barre ou des haltères n’est pas la seule variable à prendre en compte. Il existe beaucoup de variantes des exercices de bases (pousser – tirer – extension – flexion) qui permettent de proposer des exercices sollicitant de plus en plus la stabilité et la proprioception. Donc de développer des qualités musculaires plus facilement transférables vers le geste sportif.

A présent que vous avez choisi des approches pour développer certaines qualités physiques, le plus dur reste à faire ! C’est-à-dire choisir ce qui est important pour votre équipe. Nous entraînons rarement des équipes idéales. Celles où vous avez tous le temps désiré pour la préparation physique à chaque entraînement. Celles où les installations sont accessibles. Celles où vous avez 1h de préparation physique par jour. Celles où l’entraîneur principal vous laisse la liberté totale du contenu de la préparation physique.
Ces équipes idéales n’existent pas. Même les équipes professionnelles ou les structures de haut-niveau ne sont pas idéales.

Dans votre cas, comme très souvent dans de nombreuses équipes, le facteur le plus limitant est celui du temps disponible chaque semaine pour la préparation physique. Avec 1h par semaine vous ne pouvez pas développer toutes les qualités physiques nécessaires à la performance au rugby.
La préparation physique c’est souvent renoncer. A vouloir tout travailler, vous risquez de ne rien développer en profondeur. Je déconseillerais également de vouloir reproduire chez les jeunes les contenus utilisés chez les adultes.

Se concentrer sur quelques points précis semble le plus efficace. Surtout chez les jeunes, pour lesquels il faut aussi penser au plan de développement sur le long terme. Chaque catégorie d’âge possède généralement ses objectifs prioritaires d’un point de vue technico-tactique. Permettant ainsi aux entraîneurs des catégories supérieures de ne plus revenir sur certaines compétences jugées acquises pendant le formation.

Il convient de respecter la même logique pour la préparation physique. Si vous vous inscrivez dans un esprit de formation, l’objectif doit être de donner aux joueurs les bases, les fondements et les outils pour la suite de leur carrière sportive. C’est une approche déjà adoptée dans de nombreux pays anglo-saxons par un plan de développement à long terme de l’athlète (long term athlete development – LTAD), mettant une croix sur des années d’une philosophie de spécialisation précoce.

Personnellement, avec tous les sportifs que je prépare, j’opte pour une approche progressive, quitte parfois à proposer des exercices d’une simplicité enfantine à première vue, mais quelques fois non maîtrisés (même chez des adultes expérimentés !).

Donc pour résumer :
Vous avez raison de porter attention à la préparation physique de vos jeunes. Si cela est vraiment important, il faut en faire régulièrement.
Ensuite, il est important que le contenu s’inscrive dans un plan de développement à long terme du jeune athlete.
Enfin, proposer des progressions dans la difficulté des situations / exercices est un point clé.

Voilà Renald, j’espère vous avoir donner quelques pistes de réflexions avec ma réponse (pas si courte que ça en fait !).

Bonne continuation.