Sport et diététique , entretien avec Isabelle Mischler (dietetiquesportive.com)

Isabelle Mischler est l’auteur du site Dietétiquesportive.com, la référence en matière de nutrition sportive.
Le site vous propose des articles de fond, des fiches pratiques sur l’alimentation du sportif, des conseils en nutrition sportive pour l’entrainement et la compétition et les actualités de la recherche en diététique du sport.
Quant au blog, il traite de l’actualité de la recherche en nutrition sportive.

Mais si, dans leur grande majorité, les sportifs font “attention” à leur nutrition, très peu ont réellement conscience de l’importance et de la précision de programme nutritionnel.

Si depuis 2009 Performance Athlétique est en charge de la préparation physique de Gilles Coustellier (vainqueur de la Coupe du Monde 2010, Champion d’Europe et de France 2010 – www.gillescoustellier.com), c’est Isabelle Mischler qui assure le suivi nutritionnel de Gilles.

Isabelle a sympathiquement répondu à quelques questions pour nous permettre de mieux comprendre son travail.

– Bonjour Isabelle. Commençons par une présentation.

Je suis docteur ès-sciences en nutrition, spécialisée en nutrition sportive. J’ai obtenu une thèse en 2002, à l’université de Clermont-Ferrand pour des travaux portant sur la nutrition, la bio-énergétique et l’hydratation des efforts ultra-endurants. Ces travaux ont été récompensés par le prix Albert Creff de l’Académie de Médecine.
Pendant 5 ans, j’ai travaillé au sein de l’entreprise Punch Power, qui fabrique et distribue des produits diététiques de l’effort en tant que nutritionniste technico-commerciale. J’ai notamment développé la première gamme de boisson de l’effort bio.
Aujourd’hui, je développe une activité de conseil et formation en nutrition, notamment sportive, et propose mes services aux entreprises, particuliers et sportifs de tous niveaux.

– Comment peut-on définir la diététique sportive ?

La diététique sportive consiste, elle, à proposer et définir des apports alimentaires adaptés aux contraintes et exigences de la pratique sportive. Elle est la science de l’équilibre alimentaire adaptée au sportifs.

– Dans l’esprit de nombreux sportifs il y a 2 types de nutrition sportive. Celui des sports de force, de vitesse et de puissance et celui des sports d’endurance. Le premier va chercher à augmenter considérablement son apport de protéine, tandis que le second va chercher à consommer d’importantes quantités de glucides (pâtes, riz). Ces démarches sont-elles pertinentes ?

L’alimentation d’un sportif de force est proche de celle d’un sportif d’endurance. Elle doit se composer principalement de glucides complexes. Mais il est vrai que le sportif de force aura un besoin très légèrement supérieur en protéine ( 1.8-2 g/kg/j au lieu de 1.5 à 1.7 g/kg/j). Ces besoins sont surtout plus élevés en période de prise de masse ou de séchage pendant lesquelles ils ne doivent toutefois pas excéder 2.5 g/kg/j.

– Dans la même idée, l’alimentation de certains sportifs ne va que très peu varier dans la semaine, dans le mois, voire dans l’année (pâtes, riz, poulet, oeufs). Ce comportement est-il adéquat ?

Une alimentation diversifiée est une des clés fondamentales d’un bon équilibre alimentaire. Si les féculents (riz, pâtes etc…) doivent être présents aux principaux repas du sportif, il n’est pas question de négliger les fruits, les légumes, les poissons, les viandes blanches et rouges, les oeufs, les produits laitiers etc… Cette diversité permet de limiter les carences et évite les lassitudes.

– La consommation de fruits ou légumes relève parfois d’une véritable lutte pour quelques sportifs. Ils se cachent parfois même derrière des problèmes d’approvisionnement / conservation. Quels conseils pratiques donneriez-vous à ces sportifs pour qu’ils consomment ces aliments riches en nutriments essentiels ?

Beaucoup de jeunes sportifs n’apprécient pas les fruits et légumes et en consomme peu pour cette raison. Question d’éducation ou de culture parfois. En dehors de cette problématique, il me parait assez facile de manger des fruits et légumes au quotidien. Par exemple, il est tout à fait possible de manger des produits surgelés ou en boite. Des études ont montré que ces modes de conservation conservent les propriétés nutritionnelles des aliments.
Voici d’autres astuces pour augmenter sa ration de fruits et légumes:
– Agrémenter les féculents d’une sauce aux légumes
– Manger de la compote, une salade de fruit en boite
– Consommer des fruits secs
– Choisir des fruits à croquer au fast-food
– Se préparer un milk shake ou un smoothie aux fruits frais.
Quant au prix, certains fruits et légumes de saison sont très peu chers : 2 à 3 euros le Kg. C’est moins cher qu’un paquet de chips et meilleur pour la santé !

– La diététique sportive ne se résume pas uniquement au classique rapport glucides-lipides-protéines. Les micronutriments ont également une grande importance. Quel exemple peut-on donner pour expliquer cet aspect ?

Les besoins nutritionnels du sportif ne sont pas les mêmes que celui d’un sédentaire. Ceci est valable aussi bien pour les macronutriments que les micronutriments. Par exemple, les besoins en certaines vitamines, notamment anti-oxydantes (C, E) sont augmentés. D’où encore une fois l’importance d’une alimentation diversifiée. Les enquêtes nutritionnelles permettent de vérifier que le sportif a une alimentation équilibrée par rapport à ses besoins et qu’il ne risque pas de carence.

– Quel est le processus classique pour le suivi nutritionnel d’un sportif ? Quels facteurs sont à prendre en compte ?

Avant tout, le suivi nutritionnel démarre par une enquête qui permet de recenser les apports et besoins du sportif. Elle permet d’identifier les éventuelles carences ou déséquilibres. Une fois l’enquête réalisée, des menus sont établis en accord avec les exigences du sportif : préférences alimentaires, planning horaire, type d’entrainement, déplacements… Les conseils sont adaptés à la période d’entrainement ou de compétions car en fonction de l’activité de la journée, les besoins peuvent varier. Ils peuvent également prendre en compte le besoin de perte de poids ou de prise de masse musculaire.

– Deux sportifs pratiquant le même sport avec le même calendrier de compétition vont donc pouvoir avoir deux programmes nutritionnels différents ?

Suivant les compositions corporelles des sportifs, leurs préférences alimentaires et leur planning d’entrainement, les programmes nutritionnels seront différents. Là est l’intérêt d’un suivi nutritionnel individuel personnalisable.

– Prenons l’exemple d’un sportif que nous connaissons bien : Gilles Coustellier. Comment est organisé son programme nutritionnel ?

Depuis l’an dernier, suite à une collaboration avec Performance Athlétique, je m’occupe du suivi nutritionnel de Gilles.
Ce suivi est réalisé à distance et nous communiquons très régulièrement par mail ou téléphone. L’avenir passe par les nouvelles technologies et il ne faut pas se priver des services qu’elles peuvent rendre.
Pour en revenir au suivi de Gilles, voici comment nous procédons. Après une enquête nutritionnelle et l’estimation de sa dépense énergétique, j’établis des menus à Gilles en fonction de ses habitudes alimentaires, de son planning et des objectifs de sa saison. Par exemple, les apports nutritionnels ne sont pas les mêmes en période de compétition et d’entrainement. De même, Il faut s’adapter aux contraintes des déplacements lorsque Gilles part en compétition. Si besoin, des contacts réguliers avec Gilles permettent de réajuster les menus.
Au quotidien, Gilles adopte une alimentation équilibrée et diversifiée. Elle fait la part belle aux glucides complexes, aux protéines et lipides de bonne qualité et aux fruits et légumes. Bref, une alimentation classique tout à fait compatible avec une vie sociale. Bien sur, les quantités sont adaptées à ses besoins de sportif de haut niveau.
Pour moi, exigences nutritionnelles de la pratique sportive de haut-niveau et plaisir alimentaire sont tout à fait
compatibles, si on sait ne pas exagérer. Avec Gilles, nous avons bien travaillé sur cette notion, et il en a vite compris l’intérêt ! Il est fondamental que Gilles puisse manger des aliments qu’il apprécie, surtout pendant les périodes de stress de la compétition. Alors, pour les compétitions, fini le gros plat de pâtes ou de riz, à 6 h du mat !
Il faut souligner que les progrès des marques de nutrition sportive permettent désormais aux sportifs de s’alimenter dans de bonnes conditions. Nous sommes loin de l’adage « plus c’est mauvais en gout, meilleur c’est techniquement ». Non, ce n’est pas vrai : il suffit de choisir les bons produits et faire jouer la concurrence !!!
La récupération est également un point fondamental du travail que nous avons mené avec Gilles. Une fois la compétition finie, ce n’est pas terminé pour autant. Pour Gilles, c’est désormais devenu un automatisme.

Merci Isabelle pour ces réponses !